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Blog de Samir Ghezlaoui

Le militantisme étudiant face au défi du changement

19 Mai 2011 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #Politique

55ème anniversaire du Jour de l’Etudiant

Le militantisme étudiant face au défi du changement

 19 mai 1956: «Avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres!» ;

19 mai 2011: «Avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs chômeurs!».

 

Par Samir Ghezlaoui

Le jour de l’étudiant est célébré cette année dans des conditions agitées. L’université algérienne ne se calme toujours pas, après près de quatre mois d’ébullition. Les étudiants qui se sont révoltés contre les réformes universitaires «non réfléchies», ont eu l’audace de s’organiser en plusieurs comités autonomes pour réclamer leurs droits pédagogiques mais aussi émir leurs avis sur la nécessité du changement politique dans notre pays, contribuant ainsi aux débats sur cette question vivace qui anime le quotidien algérien, indissociable du printemps démocratique aux pays des dictatures.

Dépolitiser pour régner

Le 19 mai 1956, les étudiants et les lycéens algériens ont répondu présents à l’appel du devoir, lancé par le Front de Libération Nationale (FLN révolutionnaire) des Abane, Ben M’hidi, Boudiaf et les autres pour rejoindre la lutte armée et déserter les bancs d’école et les amphithéâtres. «Avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadaUGEMA.jpgvres!», ont écris les militants de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA) dans une déclaration annonçant leur grève générale. 55 ans après, cette expression est toujours d’actualité pour les étudiants qui ont affirmé durant les différentes actions de contestation de ces dernières semaines: «Avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs chômeurs!». Non seulement, la tutelle répond par la sourde oreille aux revendications pédagogiques, réclamant une formation de qualité et un diplôme de valeur, mais les responsables du secteur stigmatisent l’engagement politique de ces étudiants qui demandent plus de démocratie et un régime politique qui peut assurer une vraie politique de recrutement pour les diplômés universitaires. Appliquant la sentence néocolonialiste à l’algérienne: «dépolitiser pour régner», faire de la politique au sein des campus notamment par les étudiants autonomes est devenu depuis quelques années un péché. Pourtant, la lutte estudiantine n’était jamais contradictoire avec le fait politique national. Les étudiants étaient, de tout temps, les meneurs d’une pensée politique nationaliste et démocratique en Algérie. Le fuel politique c’est eux. Et ce n’est pas les partis de l’alliance présidentielle qui diront le contraire. Ces formations politiques, qui partagent les pions d’un jeu politique fermé, se sont dotées de syndicats estudiantins pour garder une main vigilante sur l’une des «vraies forces de changement».  En tout cas les partis politique de l’opposition, à l’instar du FFS, le PST et le RCD, sont convaincus que les étudiants sont l’avenir politique du pays et investissent en eux comme l’ont fait leur aînés de la Soummam. En effet, la déclaration de ce congrès historique du 20 août 1956 préconisa que le FLN devrait assigner aux étudiantes et étudiants des tâches précises dans les domaines où ils peuvent donner un plus pour la révolution: la politique, l’administration, l’économie, la culture, etc.

L’autonomie contre la soumission

Fort de constater que le militantisme étudiant n’a pas lâché son rôle dans la société, défini par le congrès de la Soummam. Au lendemain de l’indépendance, le mouvement estudiantin n’a pas hésité à prendre des positions politiques claires et courageuses. L’Union nationale des étudiants algériens (UNEA) dont l’ancêtre est l’UGEMA, a dénoncé explicitement le coup d’état du 19 juin 1965. L’UNEA s’est imposé comme un syndicat estudiantin autonome, ce qui lui valut la dissolution, le 15 janvier 1971. Le pouvoir, conduit par le colonel Boumdienne, a essayé par tous les moyens de dompter les étudiants syndicalistes et créa un nouveau syndicat: l’Union nationale de la jeunesse algérienne (UNJA). Ce même UNJA a qualifié les événements du printemps berbère de 1980 de «manipulation téléguidée par l’extérieur».  Quoi qu’on ait dit et écrit sur avril 1980, la vérité est que les étudiants de Tizi-Ouzou et d’Alger ont ouvert les yeux des algériens et forgé leurs esprits pour demander plus de libertés individuelles et plus de participation dans la vie politique. Cette lutte est récompensée par l’ouverture politique et médiatique de 1989 quelques mois seulement après les évènements du 5 octobre 1988 auxquels ont pris part, encore une fois, des milliers d’étudiants. Ces derniers ont réédité un exploit lors de la grève du cartable de 1994, en arrachant des avancées considérables dans la quête de l’officialisation de Tamazighth.

S’assumer et s’imposer

Bizarrement, depuis 1999, la lutte estudiantine n’a jamais réussi à gagné ne serait ce qu’une petite bataille pédagogique. Le rôle des étudiants dans la gestion de leur propre avenir est rendu au néant. A la moindre contestation, la tutelle et ses acolytes crient à «la récupération politique des revendications d’ordre pédagogique». Cela dure depuis 12 ans. Les autorités ont-elles vraiment réussi à complexer l’étudiant par rapport à la chose politique ? Là est la grande question.  Mais si c’est le cas, le pouvoir en place aurait réussi où De Gaule a échoué en mai 1968: contenir la révolution estudiantine. Parlant des luttes politiques estudiantines sur le plan international, ce ne sont pas les exemples qui manquent. Toujours en Hexagone, les étudiants -parmi eux des algériens- se sont mobilisés victorieusement contre le Front National en 2002, contre le Contrat de première embauche (CPE) en 2006 et Contre la réforme des retraites en octobre 2010. En novembre 2010, les étudiants anglais se sont révoltés contre le triplement des frais d'inscription à l'université. Selon l’institut américain de recherche politique CATO, le mouvement estudiantin démocratique au Venezuela a «empêché en décembre 2007 la réforme constitutionnelle qui aurait donné le plein pouvoir au président Hugo Chavez».  Faut-il aussi noter que c’est les sacrifices des étudiants iraniens en 1978 contre le Chah qui ont propulsé, une année plus tard, Khomeiny à la tête de la République islamique d’Iran. C’est dire, la communauté étudiante ne peut plus se contenter de chercher un rôle de figuration. C’est aux étudiants de proposer et d’imposer des solutions sociopolitiques allant dans le sens de reconstruire un Etat moderne, démocratique et social, tel dessiné par les précurseurs du 1er novembre 1954, du 19 mai 1956 et du 20 août 1956. Il faut que la communauté universitaire toute entière œuvre et focalise ses forces pour instaurer une autonomie de gestion des universités, seule capable de purifier nos amphithéâtres de la médiocratie et de produire une élite politique consciente et rénovatrice. 

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