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Blog de Samir Ghezlaoui

Iran,le grand défi!

10 Février 2010 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #Dossier

Le régime des Mollah est-il une vraie menace pour la " profondeur stratégique " de l'entité sioniste ?
Iran, le grand défi !

 

Par Samir Ghezlaoui

In Tribune Des Lecteurs du 10/02/2010


Le jeu du chat et de la souris bat son plein entre l’Iran et les pays membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne, particulièrement les Etats-Unis et la France. Tout se joue autour du programme nucléaire iranien. Cette histoire se complique de plus en plus avec la nouvelle approche des pays occidentaux basée sur le soutien de ce qu'ils appellent " le mouvement réformiste ", opposé aux résultats des dernières élections présidentielles. La preuve, les manifestations ont repris toute leur force durant les festivités célébrant la fête religieuse de l'"Aâchora", en décembre dernier. Les pays européens et les Etats-Unis d'Amérique, qui espéraient l'avènement d'un nouveau régime à Téhéran en soutenant l'opposition menée par Mir Moussavi, menacent d'infliger de nouvelles sanctions au régime iranien qui a, apparemment, su reprendre les choses en main en optant pour le dialogue avec les contestataires. On reproche au président Ahmadinejad, essentiellement, de vouloir se doter de l'arme nucléaire, vu sa détermination de s'emparer de la technologie nucléaire et de l'uranium enrichi. Sans oublier le fait que cette même personne recommandait, à maintes reprises, la destruction d'Israël. Le président iranien reste intransigeant quant au droit légitime de son pays d'avoir toute la technologie nucléaire civile. Ainsi, ce conservateur iranien lance un énième défi contre le reste du monde par rapport à d'éventuelles nouvelles sanctions, tout en préférant la langue du dialogue à celle de la force.

" Une révolution cIRAN.jpgolorée " en Iran ?


La nouvelle d'une possible fraude électorale s'est répandue à Téhéran comme une traînée de poudre et a poussé dans la rue les partisans de l'ayatollah Rafsandjani contre ceux de l'ayatollah Khamenei. Certains spécialistes, soutenant la théorie du complot contre la République islamique iranienne, parlent aussitôt de manœuvres américaines pour déstabiliser le régime de Téhéran. Du moins, c'est ce que défend le journaliste et écrivain français Thierry Meyssan, fondateur du réseau anti-impérialiste : Voltaire. Selon ce courant, Washington a renoncé à attaquer militairement l'Iran et a dissuadé Israël de prendre une telle initiative. Pour parvenir à " changer le régime ", l'administration Obama préfère jouer la carte -moins dangereuse, mais plus aléatoire- de " l'action secrète ". À l'issue de l'élection présidentielle iranienne, de vastes manifestations opposent dans les rues de Téhéran les partisans du président Mahmoud Ahmadinejad et du guide Ali Khamenei d'un côté, aux partisans du candidat malheureux Mir-Hossein Moussavi et de l'ex-président Akbar Hachemi Rafsandjani de l'autre. Elles traduisent un profond clivage dans la société iranienne entre un prolétariat nationaliste et une bourgeoisie qui déplore d'être tenue à l'écart de la globalisation économique. " Agissant en sous-main, Washington tente de peser sur les événements pour renverser le président réélu ", écrit Meyssan. Les évènement baptisés " la révolution verte " par la presse occidentale visaient, en grande partie, le changement du régime iranien. " La révolution verte " est, selon la même source, un exemple des " révolutions colorées qui ont permis aux Occidentaux d'imposer des gouvernements à leur solde dans plusieurs pays sans avoir à recourir à la force ", comme c'était le cas en Ukraine en 2004. " Les révolutions colorées sont des changements de régime ayant l'apparence d'une révolution, en ce qu'ils mobilisent de vastes segments de la population, mais relevant du coup d'État, en ce qu'ils ne visent pas à changer les structures sociales, mais à substituer une élite à une autre pour conduire une politique économique et étrangère pro-américaine ", ajoute Meyssan.


La théorie du complot


Le complot, ou plutôt la théorie du complot était, également le cheval de bataille des responsables iraniens pour justifier les manifestations de Téhéran. À leur image, le ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a accusé la Grande-Bretagne d'avoir "comploté contre l'élection présidentielle depuis plus de deux ans". D'après ses déclarations sur la chaîne publique iranienne, " des éléments liés aux services de renseignements britanniques étaient arrivés en masse avant l'élection présidentielle ". De son côté, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hassan Qashqavi, a déclaré : " En contradiction avec les normes internationalement reconnues, de nombreux pays européens et l'Amérique soutiennent les émeutiers et les opportunistes au lieu d'inviter le peuple à s'en remettre aux institutions de la démocratie ". " La promotion de l'anarchie et du vandalisme par les puissances ainsi que par les médias occidentaux est absolument inacceptable ", a-t-il ajouté, qualifiant également la Voix de l'Amérique - la radio financée par le Congrès américain - et la BBC de " postes de commandement des émeutes ". Peu après, le correspondant permanent de la BBC à Téhéran, Jon Leyne, a reçu l'ordre de quitter le pays sous 24 heures au motif qu'il aurait, selon l'agence de presse pro-gouvernementale Fars, manqué de neutralité dans ses reportages et diffusé de "fausses nouvelles". Le 17 juin 2009, soit trois jours après la réélection d'Ahmadinejad, l'ambassadeur suisse à Téhéran - qui représente les intérêts américains en Iran, les Etats-Unis ne disposant pas d'ambassade - avait été convoqué : Washington avait été accusé par le régime iranien d'être derrière les manifestations. Deux jours plus tard, c'est-à-dire le 19 juin, l'ayatollah Khamenei s'en est ouvertement pris à l'"Angleterre diabolique", qu'il accuse de téléguider les manifestations, dans son prêche à l'Université de Téhéran. Khamenei a évoqué les "ennemis" de l'Iran qui "prennent pour cible la légitimité du pouvoir islamique en remettant en cause l'élection et sa validité, avant et après le scrutin. A la suite des manifestations de rue, certaines puissances étrangères ont commencé à s'ingérer dans les affaires de l'Etat d'Iran en mettant en cause le résultat du scrutin". Evoquant, sans la nommer, la radio publique israélienne qui émet des programmes en farsi, le Guide suprême a également vilipendé "la radio sioniste qui tente de modifier le sens de l'élection". Suite à l'emprisonnement de l'universitaire française de 23 ans, Clotilde Reiss à Téhéran le 1er juillet et un employé de l'ambassade britannique, le spécialiste de l'Iran et chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), Barah Mikaïl, estimait que "l'emprisonnement de Clotilde Reiss est une prise d'otage". Il ajoute que le régime iranien "agite la théorie du complot dans le but de prouver que les étrangers, et surtout les Occidentaux, sont derrière le mouvement de protestation contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad".


Origines du conflit


L'Iran, officiellement la République islamique d'Iran, est un pays d'Asie occidentale. Sa capitale est Téhéran et l'Iran avait au dernier recensement de 2006 une population de 71 088 287 habitants. La langue officielle est le persan et sa monnaie le rial. L'Iran est le 4e producteur de pétrole au monde et le 2e exportateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Il dispose aussi de la 2e plus grande réserve en gaz naturel, après la Russie, et en est le 6e producteur. C'est dire, l'Iran est une grande puissance au monde et dans la région du Proche et du Moyen-Orient. Parallèlement, ce pays constitue une menace pour les intérêts occidentaux depuis la proclamation de la République islamique. Tout a commencé avec une forte répression, en 1965, contre l'opposition de gauche et les religieux à la suite d'un attentat manqué contre le Shah.
L'ayatollah Khomeiny est arrêté puis exilé en Irak. Le 16 janvier1979 et après des mois de manifestations réprimées avec violence, le Shah quitte l'Iran pour l'Egypte. Le 1er février de la même année, l'ayatollah Khomeiny rentre à Téhéran. Avec l'aide de ses partisans et le soutien d'une partie de l'armée, il proclama la République islamique, le 1er avril. Au mois d'août, la nouvelle Constitution mise en place accorde à Khomeiny le pouvoir suprême. Depuis cette date, les Occidentaux méprisent le guide de la révolution islamique, laquelle avait emporté en quelques mois la dictature répressive du Shah d'Iran, alors très fortement appuyée par les États-Unis. Comment expliquer un tel tournant ? Il faut savoir que la révolution de 1979 n'a pas été un " évènement " inattendu. Au contraire, c'était le résultat d'une longue accumulation de résistances.
Certes, ces dernières ont éclaté sous le leadership charismatique de l'Iman Rouhollah Khomeiny, mais en réalité, le renversement du Shah fut le résultat de l'action d'une majorité de la population iranienne incluant plusieurs secteurs (classes moyennes urbaines, ouvriers, paysans, déshérités des bidonvilles, religieux, etc). Peu à peu, le nouveau régime s'est consolidé, en dépit et peut-être à cause de l'incapacité des autres factions de présenter un projet acceptable par la majorité des Iraniens. Plus tard, tout a basculé encore une fois avec la guerre contre l'Irak, déclenchée en 1980 par Saddam Hussein, avec l'appui des régimes pétroliers du Golfe et des États-Unis. Cette guerre horrible a soudé la population autour du régime, seul rempart contre le projet démentiel de démanteler l'Iran et d'exproprier ses ressources naturelles. À la fin, l'Iran a pu résister, mais le conflit a épuisé le pays, ses élites et sa population.


Le dossier nucléaire surgit


Au-delà de défendre la nature du régime iranien, autoritaire et loin d'être un exemple de la démocratie puisqu'il est fondé sur un système théocrate, il faut dire que les Occidentaux ont, de tout temps, cherché des prétextes pour faire chuter la République islamique, surtout après la guerre irako-iranienne. L'Iran est devenu une des principales cibles des États-Unis, le pivot d'un "axe du mal" décrété par George W. Bush. En dépit de diverses offres de négocier un apaisement du conflit de la part du régime iranien (notamment au moment de l'invasion de l'Afghanistan par les États-Unis en 2001), la confrontation a pris le dessus. En avril 2007, le président Bush a été à deux doigts d'ordonner une attaque aérienne contre Téhéran, ce que les principaux responsables de l'armée américaine ont heureusement empêché. Diverses manœuvres ont été entreprises pour à la fois déstabiliser l'Iran et l'encercler de bases militaires (en Irak, dans les pays du Golfe, en Afghanistan), tout en établissant une stratégie offensive de renversement du régime. Dénoncé avec force par Israël depuis quelques années, le programme nucléaire iranien avait fait l'objet d'un rapport publié au mois de novembre 2007 par le " Conseil national du renseignement " américain, qui indiquait principalement que les activités nucléaires avaient été interrompues pendant quelques années, mais qu'elles avaient certainement repris depuis le mois d'avril 2007. Se voulant rassurant, le rapport indiquait aussi que l'Iran ne serait pas prêt à produire de l'uranium enrichi avant 2009. Ce qui pouvait paraître rassurant en 2007 devient, donc, particulièrement préoccupant en 2009. Shaoul Mofaz, vice-Premier ministre du gouvernement israélien, n'a cessé de rappeler que "le temps fait partie de la stratégie iranienne". Dans ce sens, un autre rapport, publié le 17 décembre 2008, indique que les objectifs militaires du programme nucléaire iranien ne font plus de doute.
Rédigé par une mission parlementaire française, cette fois-ci dirigée par le député socialiste Jean-Louis Bianco, le rapport indique que l'Iran disposera de la bombe atomique d'ici 2012. Nicolas Sarkozy, qui n'hésite pas à rappeler qu'il ne serrera pas la main d'un homme qui souhaite rayer Israël de la carte, a réussi à engager l'Europe sur la voie d'une plus grande fermeté. Or, les efforts de la diplomatie israélienne n'ont pas convaincu toutes les puissances. La Chine, la Russie, comme plusieurs pays du tiers monde, soutiennent le développement d'un nucléaire civil en Iran, sans se soucier outre mesure de son exploitation possible à des fins militaires.


Problème d'intérêt ou de démocratie ?


Plusieurs sont ceux qui ont posé une question capitale à propos des derniers évènements qui ont secoué l'Iran et la position occidentale là-dessus. Est-ce que les Occidentaux veulent réellement défendre la démocratie dans l'intérêt du peuple iranien ou c'est juste une sorte de pression sur Téhéran concernant ses ambitions nucléaires, et défendre leurs intérêts économiques et stratégiques dans la région ? Parlons, donc, du pouvoir iranien afin de mettre les choses dans leur vrai contexte. Il s'agit d'un système de double pouvoir.
D'une part, un pouvoir religieux (la République islamique est donc de ce fait ce qu'on appelle une théocratie), dominé par une " Assemblée des experts " composée de 86 dignitaires religieux élus par le peuple pour huit ans, mais dont les candidats sont sélectionnés par un " Conseil des gardiens " (composé de douze membres dont six dignitaires plus dignitaires que les autres). Cette assemblée élit le " Guide suprême ", le plus haut dirigeant du pays, poste créé pour le fondateur du régime Rouhollah Khomeiny et occupé aujourd'hui par Ali Khamenei. Le guide est un arbitre religieux suprême, il est assisté d'un " Conseil du discernement " (toujours des dignitaires plus dignitaires que les autres : les six gardiens, des autorités " civiles " dont le président de la République et des membres nommés par le guide). D'autre part, existe un pouvoir " civil ", avec le président de la République, élu au suffrage universel, les ministres, les députés, les élus des collectivités locales, la justice, etc. Les candidats à la présidence de la République mais aussi les autres candidats aux autres postes éligibles ou les directeurs administratifs sont " sélectionnés " par le pouvoir religieux (le Conseil des gardiens). C'était le cas des quatre candidats aux dernières élections présidentielles, agréés comme suffisamment " islamiques " pour être " aptes à concourir " à cette présidentielle. Les opposants au régime islamique n'ont donc pas voix au chapitre. Ce qui ne signifie pas que les partisans du régime (y compris les religieux) soient tous sur la même position. On distingue trois tendances. Celle des " radicaux-conservateurs ", représentés par le président sortant Ahmadinejad, est ostensiblement soutenue par le Guide suprême et majoritaire dans les instances islamiques. La tendance " pragmatique ", incarnée par l'ancien président Hachemi Rafsandjani, n'est pas sans influence puisque son leader est président de l'Assemblée des experts. Enfin, les "réformateurs ", minoritaires, incarnés par l'ancien président Mohammad Khatami. Y a-t-il, donc un problème de démocratie en Iran ?
Ce pays est sorti exsangue de la guerre Iran-Irak, avec des centaines de milliers de jeunes tués au front et des millions d'anciens combattants organisés en associations. Il a connu ensuite, sous la présidence de Hachemi Rafsandjani, entre 1989 et 1997, une phase de développement et de libéralisme économique débridée, creusant les inégalités sociales et développant la corruption. Cette situation a provoqué deux types de frustrations. Face à la montée des inégalités, celle des pauvres, des mostazafin (déshérités), souvent des familles d'anciens combattants et de martyrs de la guerre. Face au conservatisme réactionnaire des mollahs et à l'absence de liberté, celles des classes moyennes urbaines, des femmes et des jeunes. Largement plébiscité par les seconds, le " réformateur " Mohammad Khatami va gagner l'élection présidentielle de1997. Mais il ne parviendra pas à réaliser son programme de réformes. Aux élections de 2005, c'est le maire de Téhéran, le conservateur Mahmoud Ahmadinejad qui est élu avec le soutien des pauvres, des petits fonctionnaires et d'anciens combattants, lui-même est un ancien combattant pasdaran.En grande partie grâce aux revenus pétroliers, le gouvernement iranien a amélioré la vie des pauvres gens par divers programmes sociaux. Et en dépit d'une imagerie créée à Washington, la priorité du régime est passée du militaire au social. Sous le Shah, en effet, 18 % du budget était consacré à l'armée alors que sous les gouvernements successifs depuis la révolution islamique, ce pourcentage est tombé à 4 %. Entre-temps, le pourcentage des analphabètes est passé de 53 à 15 %. Plus encore, ce sont les femmes qui ont le plus bénéficié de ces investissements en éducation (80 % des femmes, contre 35% auparavant, sont maintenant alphabétisées).
On le voit à tous les niveaux du système scolaire, y compris à l'Université où le nombre d'inscrits et d'inscrites est passé en trente ans de 154 000 étudiantes à plus d'un 1,5 million, et où les étudiantes composent maintenant 62 % de la population universitaire. Même progression en matière de santé. Le taux de mortalité infantile est passé de 104 pour 1000 à 25. En même temps, le taux de fertilité a tombé, de 7 enfants à 3, par mère, ce qui indique l'accès à la contraception et aux soins médicaux. Fait à noter, les progrès les plus importants sont survenus en milieu rural. Ce sont dans ces régions où le régime a investi en écoles, cliniques, routes, électrification, etc. Plus de 200 000 familles paysannes ont reçu les bénéfices d'une réforme agraire qui, quoiqu'incomplète, a amélioré le sort des paysans. Parmi les pauvres urbains dans les bidonvilles, le pouvoir iranien a organisé un système d'assistance sociale qui permet aux gens d'avoir accès à l'essentiel. Il faut enfin se rappeler que la Constitution adoptée par la révolution promet d'"éliminer la pauvreté, l'analphabétisme, les bidonvilles et le chômage, de rendre accessible l'éducation gratuite à tous, des soins de santé, des pensions". Donc, de ce côté, l'Iran a plutôt avancé.


Qu'est ce qui ne va pas alors ? Il est intéressant de noter qu'un certain nombre de pays viennent de connaître des épisodes électoraux marqués par la contestation des résultats et la multiplication des manifestations.
Les analystes essayent de classer toute cette effervescence selon des critères qui ressemblent à ceux de la guerre froide entre " bon pro-ouest et barbares orientaux ". Mais elles posent toutes la question de l'expression de la volonté populaire, de la mobilisation des masses et de la résolution des contradictions autrement que par la guerre civile ou la dictature. Bref, de la démocratie, celle à laquelle aspirent les peuples. Pas celle que voulait exporter George W. Bush, du genre de ce que pratiquent les dictatures pro-occidentales de certains pays à travers le monde. De ce point de vue, l'issue de la crise dans un pays aussi important que l'Iran est essentielle. Il n'est pas correct de prétendre que ces manifestations menacent la sécurité du régime : tous les leaders de l'opposition font partie de ce régime, et ceux qui en sont dehors sont tellement faibles qu'ils ne menacent rien du tout. Tous les courants du régime iranien veulent doter l'Iran du pouvoir technologique nucléaire, tous savent que cette ambition se heurte au refus américain et occidental, mais Ahmadinejad, par ses mots et ses postures, a réussi à avoir l'air de celui qui y tient le plus. C'est-à-dire, c'est la seule personne qui menace réellement les intérêts occidentaux, notamment américains. Voilà donc ce qui pouce les USA à œuvrer pour le changement du régime iranien : Mettre au-devant un président pro-américain ou au moins plus modéré qu'Ahmadinejad. Les Américains visent principalement deux objectifs: Premièrement, l'Iran dispose de réserves pétrolières et gazières importantes, mais qui sont surtout destinées à la Chine et à la Russie. Détourner ces sources d'énergie serait un moyen redoutable d'affaiblir deux puissances mondiales concurrentes des Etats-Unis. Deuxièmement, un Iran qui exporterait son pétrole et son gaz en Occident ouvrirait l'opportunité aux pays d'Asie Centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan ...), jusqu'ici bloqués à l'intérieur du continent, d'avoir des débouchées autres que la Chine et la Russie. Pour y parvenir, après l'échec de " la révolution verte ", les Etats-Unis disposent de deux leviers : en jouant sur l'éventuel relâchement des sanctions économiques, et en laissant de fait l'Iran aboutir son programme nucléaire, ce qui consiste principalement à empêcher Israël d'intervenir militairement.


Pas de sanctions sans l'aval chinois


Faut-il rappeler que l'Iran est contraint de résister à un embargo économique qui perdure depuis plusieurs années. Toutes les activités commerciales, transactions financières et investissements avec l'Iran de la part d'entreprises américaines, mais aussi de la part d'entreprises possédant des succursales aux USA, sont restreintes depuis 1995. Ces sanctions ont ensuite été durcies en 96 avec "l'Iran Libya Sanction Act" (ILSA) qui prévoient que le président américain puisse condamner par simple décision à de lourdes amendes et/ou à l'exclusion des marchés publics américains toutes compagnies (donc non US comprises) qui investiraient plus de 20 millions de dollars dans le secteur de l'énergie iranien. Toute société pétrolière étrangère à l'Iran est ainsi exclue de fait du pays. Les résolutions de l'ONU qui se succèdent ensuite vont concerner de nombreux secteurs : embargo sur les armes, consignes auprès des institutions financières afin de limiter les crédits et investissements dans le pays et déplacement de personnalités parmi les Gardiens de la Révolution restreintes hors frontières. Le jeu des sanctions, même s'il est d'une remarquable inefficacité en termes de résultats politiques, pèse bien sûr lourdement sur la population iranienne, et non son élite. D'ailleurs, dans ce sillage, le bloc révolutionnaire latino-américain (Cuba, Bolivie, Équateur, Honduras, Nicaragua, Saint-Domingue, Venezuela) et le bloc révolutionnaire proche-oriental (Iran, Résistance libanaise, Résistance palestinienne, Syrie) se sont rapprochés à la fois pour contourner les restrictions qui leur sont imposées par les États-Unis et pour créer des institutions internationales alternatives à celles contrôlées par Washington. A noter, également, que le rôle chinois dans la question iranienne est des plus pesants. La Chine a appelé l'Iran, en mois de janvier dernier, à se joindre à un "consensus" autour de la proposition de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour résoudre la crise nucléaire. La Chine a estimé que la communauté internationale avait " encore de la marge pour les efforts diplomatiques " dans le dossier du nucléaire iranien, appelant à la reprise au plus tôt des négociations. Visant à amener l'Iran à renoncer à son programme nucléaire, d'autres sanctions peuvent être décrétées dès février 2010, mais tout dépend de la Chine, a estimé Vladimir Evseïev, expert de l'Iran à l'Institut russe de l'économie mondiale et des relations internationales. " Les sanctions peuvent être introduites dès le mois de février, parce que la présidence libyenne de l'ONU durera jusqu'au 1er février. Mais les sanctions ne sont possibles que si la Chine n'y oppose pas son veto. Tout dépend de la Chine ", a indiqué Evseïev à RIA Novosti. Il y a plusieurs moyens d'obliger Téhéran à faire des concessions - réduire les livraisons d'hydrocarbures vers l'Iran ou renoncer à l'assurance des frets en provenance et à destination de ce pays ce qui entraverait ses échanges commerciaux, selon l'expert. Mais ces mesures dépendent aussi de la Chine, ainsi que des milieux d'affaires de l'UE qui s'y opposent. A la fin du mois de janvier dernier, la Chambre des représentants du Congrès américain a adopté un projet de loi limitant les transactions économiques et commerciales avec l'Iran. Les Etats-Unis " oeuvrent depuis longtemps pour obtenir la réduction des livraisons d'hydrocarbures à Téhéran, ils ont notamment cessé de vendre de l'essence à deux sociétés - indienne et britannique - qui fournissaient de l'essence en Iran. Cela a réduit de 40% les exportations d'essence vers l'Iran, mais les sociétés chinoises ont complètement comblé ce déficit ", a rappelé le chercheur. Certains pays soutiennent l'idée d'interdire l'assurance des cargaisons, " c'est plus sérieux " comme mesure et cela portera un coup plus dur à l'Iran. " Mais cela dépend aussi de la Chine qui a récemment demandé de reporter les négociations à six. Pékin analyse la situation, il ne souhaite pas réduire sa présence sur le marché iranien et c'est une question tant politique qu'économique pour la Chine ", explique l'expert.

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