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Blog de Samir Ghezlaoui

Le FLN ou l'histoire d'un parti au pouvoir

18 Mars 2010 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #Histoire

48 ans d'activité politique
Le FLN ou l'histoire d'un parti au pouvoir

Par Samir Ghezlaoui

In Tribune des Lecteurs du 18/03/2010

Abdelaziz-Belkhadem.jpgAu lendemain de l’indépendance de l’Algérie en 1962, le "FLN révolutionnaire" passe d’une organisation guerrière à un statut de parti politique bien structuré, unique dans notre pays jusqu’à l’avènement du pluralisme avec la constitution de février 1989.Depuis le printemps 1963, le Front de Libération Nationale a été marqué par plusieurs phases importantes et décisives par rapport à ses structures internes en tant que parti politique et bien sûr vis-à-vis du sort du peuple algérien, indissocié du devenir de cette formation politique qui gère le pays.

Durant 48 ans, l'âge de l'Algérie indépendante, le FLN a été géré par dix dirigeants et connu neuf congrès. Au moment de l'indépendance, le secrétaire général de ce parti était Mohamed Khider, avant que ce dernier démissionne en avril 1963. Le même mois, Ahmed Ben Bella devient secrétaire général du FLN, alors premier ministre du président de la République, Ferhat Abbas. Le 13 septembre, Ben Bella est élu Président pour cinq ans. Etant, à la fois, le premier responsable du pays et du parti au pouvoir, il a promulgué la première Constitution algérienne consacrant l'option révolutionnaire socialiste et le régime du parti unique, et confiant "la gestion harmonieuse des institutions" au seul FLN. En avril 1964, il organise un congrès du parti, dont les résolutions finales accordaient au président des prérogatives telles qu'il affirmait n'être responsable, ni devant les instances dirigeantes du FLN, ni devant l'Assemblée nationale. Cette position est renforcée par un autre congrès entre le 16 et le 21 avril 1965. Voulant consolider sa place de leader, Ben Bella a opté pour l'écartement de plusieurs personnalités au pouvoir soutenant Boumediene. Après les limogeages de Kaïd Ahmed, Chérif Belkacem, Ahmed Medeghri, et la prise en main personnelle des ministères vacants, la décision de mettre fin aux fonctions d'Abdelaziz Bouteflika, Ministre des Affaires étrangères allait précipiter les événements. Houari Boumediene, premier vice-président de la République et ministre de la Défense nationale de l'époque, décida de mettre fin au régime de Ben Bella avec le coup de force du 19 juin 1965. Dès lors, il confia la responsabilité du FLN à son compagnon, Cherif Belkacem. Mais il fut remplacé par Kaïd Ahmed, en 1967. L'ancien membre de l'ALN hérite, donc, du FLN avant qu'il ne soit limogé à son tour en 1972. En 1973, Mohamed Salah Yahiaoui, ancien chef de l'Académie interarmes de Cherchell, quitte l'uniforme pour prendre en main le parti. La vision de Houari Boumediene se situait en complète opposition avec le système politique précédent, et consacrait la primauté de la construction de l'État sur l'action politique. Dans un nationalisme étatiste-socialiste et anticolonialiste, Boumediene régnait par décret et selon une "légitimité révolutionnaire", marginalisant le FLN en faveur de son propre pouvoir, tout en maintenant le système de parti unique. Mohamed Cherif Messadia, responsable de l'information au sein du parti unique, propose que le FLN investisse le colonel Houari Boumediene pour la présidentielle, organisée en 1976.

Au temps de Chadli-Messadia

Juste après la mort de Boumediene en décembre 1978. Son successeur, le colonel Chadli Bendjedid, est désigné par le congrès extraordinaire du FLN. Chadli tente alors de réorganiser ce parti, et prend une place centrale après une longue période de mise à l'écart. Le congrès du FLN de janvier 1979 redéfinit les statuts et les structures du parti, notamment, en le dotant d'un comité central, dont le secrétaire-général est automatiquement le candidat du FLN à la présidence. En juin 1980, le 4ème congrès du FLN réunissant près de 4.000 délégués, initie d'importants changements dans les structures du parti. Ces réformes renforcent, considérablement, la position du président qui a le pouvoir de choisir les membres du Bureau Politique et d'opérer, dans le parti, les changements qu'il juge nécessaires. Le poste de secrétaire général du parti étant attribué au président Chadli, l'appareil du parti est placé sous la direction effective de Mohamed Cherif Messadia. Au 5ème congrès du FLN, en décembre 1983, Bendjedid est réélu au poste de secrétaire général du parti et devient le seul candidat aux élections présidentielles du 12 janvier 1984, où il est réélu pour cinq ans.

Mehri et "le coup d'état scientifique"

Avec les émeutes du 5 octobre 1988 qui secouèrent le pays vers des réformes politiques essentielles, en février 1989, une révision constitutionnelle instaura le multipartisme et la liberté d'expression et autorise la création de formations politiques. Dans ces nouvelles circonstances, où le régime du parti unique fut dissous, le FLN tient son sixième congrès. Au début de l'année 1990, et dans le souci d'affronter les nouvelles données du milieu politique algérien, le Front de libération nationale fait appel à Abdelhamid Mehri, qui était encore l'ambassadeur d'Algérie au Maroc. Chadli avait "vraiment besoin" de la rescousse de l'une des gloires du premier novembre, pour prendre en main les destinées du Front. Devant la victoire du FIS-dissous- aux élections municipales de juin 1990 et au premier tour des législatives de décembre 1991, il est mis un terme au processus électoral, tandis que Boudiaf rentrait au pays pour prendre la tête de la présidence du Haut Conseil de l'Etat, le 11 janvier 1992. Quelques mois après, le président de la République, Mohammed Boudiaf, fut assassiné à Annaba. Durant tout le déroulement de ces évènements, le Front de libération nationale demeurait dans l'opposition au gouvernement jusqu'à 1996. Même après l'élection du président, Liamine Zéroual, le 16 novembre 1995, le FLN reste extérieur au pouvoir. Sous le mandat d'Abdelhamid Mehri, le parti fera l'expérience de l'opposition. Le FLN de son ère, passe alors d'un parti gouverneur du pays à un très actif parti de l'opposition. Ainsi, l'ancien parti unique signe avec six autres formations politiques, le 13 janvier 1995, la plateforme de Rome initiée par Ait Ahmed et qui prône la réconciliation nationale. Pour beaucoup de spécialistes, c'est cette action qui a valu le poste du secrétaire général à Mehri qui dénonçait, dès lors, un coup d' "Etat scientifique". En revanche, les "anti-Mehri" parlaient d'importants débats internes au sein de la direction du parti, qui ont été conclus par le changement de la position officielle du FLN pour un soutien à la présidence.

Benflis, le rêveur

Durant le septième congrès du parti en 1996, Boualem Benhamouda, ancien ministre a déposé Mehri. Effacé et discret, il ne laisse pas de grands souvenirs dans les annales du parti. Aux élections législatives du 5 juin 1997, le FLN n'a obtenu que 62 sièges sur les 380 de l'Assemblée nationale populaire, devenant ainsi le troisième parti du pays.
Le 15 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika, soutenu par le FLN, remporte l'élection présidentielle avec 73,8 % des suffrages. Benhamouda sera écarté de la direction nationale du FLN en septembre 2000, avec la venue d'Ali Benflis, un proche du président Bouteflika et son directeur de campagne pour les présidentielles précédentes. Celui-là restera dans l'histoire comme l'homme pressé, le rêveur et le trop ambitieux. Son ambition a cassé une carrière qui s'annonçait prometteuse et déclenché une nouvelle crise au FLN. Afin de remporter, un soi-disant défi contre Bouteflika, il a verrouillé le parti en changeant les statuts, pour s'accorder des pouvoirs exorbitants. En 2004, Ali Benflis se présente à l'élection présidentielle, comme candidat du FLN, et n'obtient que 6,4 % des voix, contre 85 % pour Abdelaziz Bouteflika. La victoire d'Abdelaziz Bouteflika entraîne une reprise en main du FLN.
Et en 2005, le 8ème congrès national de cette formation politique, tenu entre 30 janvier et le 1er février à la Coupole à Alger, nomme Bouteflika président du parti et Abdelaziz Belkhadem secrétaire général du FLN.
Ce dernier a mis près de deux ans pour remettre sur pied le parti et préparer le neuvième congrès de ce parti qui s'annonce décisif. Il sera tenu entre le 19 et le 21 de ce mois de mars. À l'histoire d'en juger.

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