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Blog de Samir Ghezlaoui

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Abane Ramdane: l’intellectuel de la révolution algérienne

1 Novembre 2012 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #Histoire

Abane Ramdane: l’intellectuel de la révolution algérienne.[1]

 

«Le grand intellectuel est l'homme de la nuance, du degré, de la qualité, de la vérité en soi, de la complexité», dixit André Malraux.   

 


Par Samir Ghezlaoui

 

10-copie-1.jpgAbane Ramdane a été libéré de la prison en 1955. Avant qu’il ne soit contacté par Krim Belkacem et Amar Ouamrane, il était en résidence surveillée chez lui à Azouza, près de Fort national (Actuelle Larbaa nath Yirathen à Tizi-Ouzou). «Ce sera pour nous une recrue formidable!», dit Krim à son adjoint Ouamrane.

 

 


Bien que sa famille soit très pauvre, Abane a réussi à aller jusqu’au bachot (ancien bac). Il a dû s’arrêter ensuite. La politique l’a vite attiré. Pendant ses débuts, il est devenu l’un des chefs régionaux du PPA-MTLD clandestin. Responsable de Sétif, il est arrêté en 1950. Il profitait de ces 5 ans d’emprisonnement pour lire, réfléchir et analyser la situation algérienne. Ce qui lui a permis d’avoir et d’assurer une grande culture politique, dont peu d’hommes de la révolution pourront se vanter. Durant son incarcération, il a fait une grève de la faim, la plus longue dans les prisons françaises. Son nom était souligné en rouge sur les fiches du directeur de la maison d’arrêt où il a été incarcéré. Il sort de prison à 35 ans, souffrant d’un ulcère d’estomac, qui l’a rendu éventuellement nerveux et d’une nature violente. Il avait aussi un début de goitre qui n’arrangeait rien en son caractère dur et très frontal face à ses contradicteurs. La rencontre avec Ouamrane, son ancien ami du service militaire, était très affective. Ce dernier le taquine en lui faisant remarquer qu’il a grossi et que la prison lui a profité. Abane lui répond qu’il était plutôt malade. «Maintenant je te ressemble Boukarou (grosse tête)», ajoute-t-il en souriant.  

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Le soir même où il quittait son domicile pour rejoindre la capitale, les gendarmes qui étaient affectés à la surveillance d’Abane constataient son absence et ajoutaient son nom aux fiches des recherchés. Il venait de rentrer dans la clandestinité, avec une mention «très dangereux» de la part des policiers. Dès son premier contact avec la tête de la révolution, il voulait tout savoir. Il questionnait sans trêve. Le timide Bitat et le loquace Abane faisaient ensemble un travail complémentaire, merveilleux, pour réorganiser Alger. Après l’emprisonnement de Bitat, Abane prend le patronat de la capitale. Au début, il avait réclamé de ses camarades maquisards de garder le calme à Alger, pour l’organiser discrètement. Il n’aimait pas qu’on discute ses ordres, «quand on fait la révolution, on ne fait pas de sentiments. Même avec les amis». Sa mission était d’implanter politiquement le FLN, tandis que Krim et Ouamrane s’occuperaient de la question purement militaire.

Dès son installation à Alger, il se révèle comme un homme exceptionnel, intransigeant. Il veut tout voir et tout savoir. C’est le premier intellectuel de la révolution. Quelques temps après sa prise d’Alger, il critiqua les responsables de l’extérieur. Il leur reproche de ne pas recevoir des armes ni de l’argent de leur part. Organiser le FLN et prendre la population en mains, tels étaient les deux objectifs majeurs d’Abane. Son premier souci fut de faire connaître le front et sont action à la population. Au bled et dans les djebels, les maquisards faisaient du porte à porte. En ville, il entreprit une campagne d’information par tracts, cette option négligée auparavant. Le FLN manquait des plumes nécessaires à la rédaction des tracts. Son premier du genre était le premier grand tract, qui devait signaler au peuple l’importance du FLN, et aux autorités que ce mouvement se structurait, prenait une forme plus élaborée. 4603cddc

En l’absence des nouvelles de l’extérieur. Abane envoie Yacef au Caire pour réclamer des armes et de l’argent des frères établis en Egypte, tout en insistant sur la priorité de l’intérieur sur l’extérieur. Néanmoins, il a tenu à remercier Ait Ahmed et M’hamed Yazid, pour ce qu’ils ont fait à Bandoeng. La prochaine étape était la chasse aux intellectuels. Abane avait décidé de prendre lui-même contact avec Ferhat Abbas, qui était à l’époque encore leader de l’UDMA. Ainsi, ils se rencontrèrent en la présence d’Ouamrane. Il lui a suggéré de dissoudre officiellement son parti et rejoindre les rangs du FLN. «Je ne suis pas un révolutionnaire de terrain. En revanche avec mon stylo, je peux faire beaucoup de choses», déclara Abbas. Abane l’entendait bien ainsi. Il prit contact aussi avec Francis, Boumendjel, Ben Khedda, Saâd Dahlab, Aissat Idir et Abelhamid Mehri. 

Au début de l’été de 1955, il pouvait compter sur une équipe «pensante». Mais il contribua également à la création des groupes de choc des réseaux urbains, tout en imposant un commissaire politique pour les surveiller. Avec cette équipe politique très solide, Abane se met au travail pour la préparation d’une solide charte politique du FLN. Tenir un véritable congrès, qui donne une assise politique à la révolution, appuyée par une unité d’actions trop souvent anarchiques des régions. Il commença de rédiger le projet de texte de loi le 06 avril 1956, avec quelques corédacteurs. Ainsi le Congrès de la Soummam est né.SOUMAMA.jpg

De plus, Ben khedda a fait admettre à Abane la nécessité d’un journal de la révolution «El moudjahid». Ensemble, ils écrivent les grandes lignes du premier éditorial, chacun lançant une idée puis une phrase. Il était autour du djihad. Le premier numéro contenait des nouvelles de la propagande, un appel des étudiants algérois, la définition du fidaï et surtout les dix commandements de l’ALN. Le texte du premier numéro avait été tapé par Mme Abane et ronéotypé en partie chez Mostefa Benouiniche. Le reste venait d’être tiré sur une ronéo procurée par Ben Khedda. Pour lui, la révolution algérienne, une fois le colonialisme battu, devait apporter au peuple non seulement la liberté, mais ce qu’il appelait la démocratie économique qui, seule, pouvait et donner à l’homme, avec la liberté, le sens de sa dignité. La justice sociale avait un contenu révolutionnaire, la société algérienne devait être transformée. Sans nier la respectabilité de nos valeurs traditionnelles, il voulait que le peuple fasse irruption dans la vie moderne. Ouamrane rapporte un témoignage pour Yves Courrière sur Abane: «J’ai connu pas mal d’intellectuels, mais Abane était remarquablement intelligent. C’était en outre un homme simple, d’une sincérité absolue. Il n’aimait ni bien s’habiller ni avoir de l’argent. La seule chose qui lui importait était l’unité nationale. Il était décidé à l’obtenir par tous les moyens».

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Justement, face à certaine latence de ses camarades, il n’hésitait pas à les bousculer violement. A ce stade, pour illustration, on va se confier aux faits rapportés par l’historien français Yves Courrière dans son livre La guerre d’Algérie (1958-1962). Il note: «Abane dit à chacun son fait sans se soucier des témoins. On l’a entendu ‘vider’ Ferhat Abbas d’un bureau: ‘‘sors d’ici, vieux politicard, lui a-t-il dit, tu n’as rien à y faire. On t’appellera quand on aura besoin de toi’’. Et le vieux leader s’est retiré sans broncher». L’auteur rapporte aussi un autre fait qui concerne M’hamed Yazid, cette fois-ci. Ce dernier a été interpellé par Abane sur sa tenue vestimentaire. «On ne fait pas la révolution en smoking».

Selon plusieurs témoignages, c’est à ce moment là que plusieurs membres du CNRA demandèrent l’intervention de Krim Belkacem pour calmer leur compagnon qui devient de plus en plus très exigeant, et donc agaçant pour eux. Surtout, qu’il s’est pris directement au chef de la wilaya 5, Abdelhafid Boussouf, le qualifiant de «dictateur».

abane krim

Krim interpelle Abane et essaye de le mettre en garde:

«-   Il ne faut pas dépasser les limites. Tu te fais des ennemis pour rien, tu dis à chacun ses vérités en public…

-      Et alors, nous ne sommes pas dans un salon ?! Maintenant qu’ils ont quitté le maquis, ce sont tous des révolutionnaires de palace.

-      Tu veux brûler les étapes et aller à cent à l’heure. Il faut agir souplement ou tu t’y casseras la figure.

-      Tant pis, je serai en règle avec ma conscience. (…) ».[2]  

 el moudhaid

La fin de l’Héros est connue par tous ou presque car aujourd’hui encore, on continue à apprendre à nos enfants qu’Abane «est mort au champ d’honneur» par des balles ennemies. Preuve à l’appui, la Une d’El Moudjahid du 29 mai 1958. La mort d’Aabne était, en fait, la pierre fondatrice de l’institution algérienne du mensonge qui demeure à nos jours très solide. Entre la nuit du 24  au 27 décembre 1957, l’architecte de la révolution fut emprisonné puis sauvagement assassiné par ses frères d’arme. Il a été étranglé par deux soldats de l’ALN, répondant directement aux ordres de Boussouf. L’un d’eux a sombré dans la folie quand il a appris, quelques heures plus tard, qu’il a en réalité tué de ses propres mains son idole mythique de la révolution algérienne, présenté par son chef comme étant «un traîre». Depuis cet acte barbare et injustifiable, l’Algérie n’a jamais retrouvé sa vraie indépendance, souhaitée par Abane et ceux qui se retrouvaient dans son combat: une Algérie moderne, libre, démocratique, économiquement forte, juste et sociale.

Gloire à Abane et à tous nos martyrs.


[1] Une première version de cet article a été publiée in Tribune des Lecteurs du 02/11/2009.

[2] Yves Courrière, La guerre d’Algérie (1958-1962), Robert Laffont, Paris, 1990. PP 89-90.

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A la mémoire du martyr de la démocratie algérienne: Ali Mécili, un homme, un destin et un combat

4 Avril 2010 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #Histoire

A la mémoire du martyr de la démocratie algérienne:

Ali Mécili, un homme, un destin et un combat

 Par Samir Ghezlaoui

images.jpg07 avril 1987-07 avril 2010, voilà que se boucle 23 longues années d’injustice et d’impunité d’un crime odieux qui a coûté la vie à Maître Ali Mécili. Aujourd’hui la presse algérienne et les soi-disant défenseurs de la démocratie en Algérie se sont ralliés aux gardiens du temple, en prenant la défense de l’accusé principal dans cet « homicide politique », arrêté par la justice française. Loin de culpabiliser le diplomate Hasseni du fait que seul le juge chargé de l’affaire peut trancher sur cette question, l’acharnement de la presse algérienne contre la justice française qui a « osé arrêter un diplomate algérien en fonction », tout en oubliant la vraie victime dans cette affaire, est vraiment bizarre. Bizarre, serait plutôt un adjectif modéré par rapport à une position honteuse. 

D’accord on a eu « la rage nationaliste » pour défendre Hasseni, diplomate de son état et apparemment innocent, mais pourquoi ne pas avoir le courage de chercher les vrais coupables ? La victime dans cette affaire est Mécili et non pas Hasseni. Le martyr, en question, avant qu’il soit un dirigeant d’un parti politique précis, n’était-il pas un défenseur acharné de la démocratie et des droits de l’homme en Algérie? L’âme pure de ce noble homme ne mérite-t-elle pas qu’elle ait le repos éternel et cesser de se retourner dans sa tombe, loin de la terre algérienne ? Ne devons-nous pas demander haut et fort : où sont donc les vrais coupables ? Sont-ils punis ? La justice est-elle établie ?

Le père spirituel de la liberté d’expression et du multipartisme en Algérie

Ayons le courage de réclamer que cesse l’impunité dans ce pays ! Cette injustice devient une tradition algérienne à l’exemple des cas d’Abane, Khider, Krim, Boudiaf, Matoub et beaucoup d’autres grands hommes de l’Algérie libre qui refuse aujourd’hui, malheureusement, de défendre leurs mémoires.

Une certaine journée maudite d’avril 1987, les chasseurs de lumières ont pu chasser une proie de valeur. Ils ont réussi à neutraliser une âme combattante, celle de Mécili. Avocat de profession, Ali ou André Mécili était un défenseur des droits de l’homme et des libertés civiques notamment la liberté d’expression et d’opinion.

Et dans ce contexte de la célébration des 20 ans de la presse algérienne indépendante, faut-il noter que Mécili est le fondateur du journal Libre Algérie. Il porta, aussi, le flambeau du mouvement des jeunes culturalistes algériens. Ali était, non seulement, le porte-parole de Hocine Ait Ahmed et son défenseur intime, mais il était aussi dirigeant de la première heure du Front des Forces Socialistes aux côtés du zaïme. Il s’est investi avec une rare abnégation dans l’élargissement de la base sociale du FFS. De plus, il a donné le mieux de lui-même dans le seul souci de l’édification d’un pole d’opposition démocratique autonome. En fait, c’est lui l’artisan des accords de Londres 1985 entre Ait Ahmed et Ben Bella. Il disait sur cette entente qualifiée par plusieurs voix détractrices d’une « alliance contre nature » : « Nous croyons que la pluralité d’aujourd’hui est la garantie de la pluralité de demain ». D’ailleurs, cette démarche unitaire de l’opposition algérienne avait ébranlé sur le double plan, national et international, le régime d’Alger. Donc il fallait étouffer -dans son berceau- cette solution pour sortir l’Algérie indépendante de l’impasse politique de la période post-indépendance, tout à fait comme celle de Saint Egidio dix ans plus tard.

Parfait assassinat politique !

Ses bourreaux, ex-camarades, ont jugé impardonnables les actions d’un homme contre son parcours qui lui a été, normalement, destiné. Ils lui vouaient une hostilité toute particulière. Comment lui pardonner d’avoir -en quelque sorte- « trahi », en s’engageant dans le combat politique public en faveur de la démocratie ? Il était donc, « apte » pour la liquidation physique. En ce jour du 07 avril 1987, en quelques secondes et succombant à trois balles de 7.65 mm, une autre étoile algérienne venait de s’éteindre. Dès l’annonce de la nouvelle, le président du FFS, Ait Ahmed, exilé en Suisse, avait accusé directement « les services spéciaux » algériens d’avoir commandité l’assassinat. Il insistait sur le fait que son camarade de route était « abattu par un vulgaire proxénète sous contrat avec la sécurité militaire ».

Deux mois plus tard, les services de sécurité français arrêtaient, à Paris, l’auteur présumé de l’assassinat. Il s’agissait d’Abdelmalek Amellou, un petit truand sur lequel était retrouvé un ordre de mission signé par le capitaine Hassani. Mais voilà que surgit un coup de théâtre avec un scénario raté. En effet, à l’issue de sa garde à vue, le suspect numéro 1 dans cette affaire sera expulsé vers l’Algérie, en vertu de la procédure « d’urgence absolue », à la demande de Charles Pasqua, alors ministre français de l’Intérieur. Vingt-trois ans plus tard, on a réussi à extirpé l’Affaire Mécili de la liste des crimes politiques. Ainsi plusieurs questions s’imposent, en sachant que l’affaire Mécili n’est pas l’unique du genre dans les annales de la justice française. L’exemple tranchant est l’affaire scandaleuse de l’enlèvement, la torture puis l’assassinat de Mehdi Ben Barka, opposant intime d’Hassan II, le 29/12/1965 à Paris.

Hasseni ou Hassani, où est le vrai coupable ?

Pour rappel, en décembre 2007, le juge Baudoin Thouvenot a signé deux mandats d’arrêt internationaux contre les assassins présumés de Maître Mécili. Ils visent Abdelmalek Amellou et le capitaine Mohamed Ziane Hassani. Ces deux mandats seront-ils un jour exécutés ? C’est une question qui reste en suspens. L’incarcération du diplomate Hasseni puis sa mise en liberté remet l’affaire au point de départ. L’affaire de l’assassinat de Mécili avait, en effet, connu un rebondissement avec l'interpellation à Marseille, le 14 août 2008, de M. Hasseni, chef du protocole au ministère algérien des Affaires étrangères. Visé par un mandat d'arrêt international, Hasseni était désigné par un ancien officier des services secrets algériens, Mohamed Samraoui, réfugié en Allemagne, comme le commanditaire de l'assassinat. Le diplomate Hasseni, qui s'affirme depuis son interpellation victime d'une homonymie, avait déposé une requête aux fins de non-lieu et le parquet de Paris avait décidé, aussitôt, de soutenir cette requête. Encore qu’à la fin de mars 2010, le juge chargé de l’affaire a refusé le non-lieu pour M. Hasseni. Ce dernier passe, en revanche, du statut de mis en examen à celui de témoin assisté en raison de l'insuffisance des charges pesant contre lui, selon son avocat Jean-Louis Pelletier.

Par ailleurs, les amis, les camarades et la famille d’Ali Mécili ne désespèrent pas de voir, un jour, jaillir la victoire de la justice sur l’injustice de l’impunité. Mouloud Mammeri a bel et bien dit : « Aussi continues la lutte au plus fort du combat, car ce n’est que quand tout semble perdu que tu ne dois pas abandonner », et au défunt Matoub Lounès de soutenir : « Win yesdergen iman-is di tizi n lehhris, i3emmed negh ittekki » (Quant à celui qui se tait lorsque surgit le col d’oppression, c’est qu’il est consentant ou qu’alors, il est complice). En tout cas, ils sont convaincus qu’il faut œuvrer davantage dans le combat du martyr pour honorer et sauvegarder sa mémoire. Il faut aller de l’avant pour instaurer la deuxième République, une vraie république tant rêvée par feu Mécili, Abane Ramdane et plusieurs autres braves fils de l’Algérie. Oui, ces martyrs rêvaient tous d’un Etat de droit. Ils voyaient dans l’Algérie indépendante, une Algérie nettement algérienne, ni orientale, ni occidentale ; une Algérie moderne, forte, libre et démocratique.      

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Le FLN ou l'histoire d'un parti au pouvoir

18 Mars 2010 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #Histoire

48 ans d'activité politique
Le FLN ou l'histoire d'un parti au pouvoir

Par Samir Ghezlaoui

In Tribune des Lecteurs du 18/03/2010

Abdelaziz-Belkhadem.jpgAu lendemain de l’indépendance de l’Algérie en 1962, le "FLN révolutionnaire" passe d’une organisation guerrière à un statut de parti politique bien structuré, unique dans notre pays jusqu’à l’avènement du pluralisme avec la constitution de février 1989.Depuis le printemps 1963, le Front de Libération Nationale a été marqué par plusieurs phases importantes et décisives par rapport à ses structures internes en tant que parti politique et bien sûr vis-à-vis du sort du peuple algérien, indissocié du devenir de cette formation politique qui gère le pays.

Durant 48 ans, l'âge de l'Algérie indépendante, le FLN a été géré par dix dirigeants et connu neuf congrès. Au moment de l'indépendance, le secrétaire général de ce parti était Mohamed Khider, avant que ce dernier démissionne en avril 1963. Le même mois, Ahmed Ben Bella devient secrétaire général du FLN, alors premier ministre du président de la République, Ferhat Abbas. Le 13 septembre, Ben Bella est élu Président pour cinq ans. Etant, à la fois, le premier responsable du pays et du parti au pouvoir, il a promulgué la première Constitution algérienne consacrant l'option révolutionnaire socialiste et le régime du parti unique, et confiant "la gestion harmonieuse des institutions" au seul FLN. En avril 1964, il organise un congrès du parti, dont les résolutions finales accordaient au président des prérogatives telles qu'il affirmait n'être responsable, ni devant les instances dirigeantes du FLN, ni devant l'Assemblée nationale. Cette position est renforcée par un autre congrès entre le 16 et le 21 avril 1965. Voulant consolider sa place de leader, Ben Bella a opté pour l'écartement de plusieurs personnalités au pouvoir soutenant Boumediene. Après les limogeages de Kaïd Ahmed, Chérif Belkacem, Ahmed Medeghri, et la prise en main personnelle des ministères vacants, la décision de mettre fin aux fonctions d'Abdelaziz Bouteflika, Ministre des Affaires étrangères allait précipiter les événements. Houari Boumediene, premier vice-président de la République et ministre de la Défense nationale de l'époque, décida de mettre fin au régime de Ben Bella avec le coup de force du 19 juin 1965. Dès lors, il confia la responsabilité du FLN à son compagnon, Cherif Belkacem. Mais il fut remplacé par Kaïd Ahmed, en 1967. L'ancien membre de l'ALN hérite, donc, du FLN avant qu'il ne soit limogé à son tour en 1972. En 1973, Mohamed Salah Yahiaoui, ancien chef de l'Académie interarmes de Cherchell, quitte l'uniforme pour prendre en main le parti. La vision de Houari Boumediene se situait en complète opposition avec le système politique précédent, et consacrait la primauté de la construction de l'État sur l'action politique. Dans un nationalisme étatiste-socialiste et anticolonialiste, Boumediene régnait par décret et selon une "légitimité révolutionnaire", marginalisant le FLN en faveur de son propre pouvoir, tout en maintenant le système de parti unique. Mohamed Cherif Messadia, responsable de l'information au sein du parti unique, propose que le FLN investisse le colonel Houari Boumediene pour la présidentielle, organisée en 1976.

Au temps de Chadli-Messadia

Juste après la mort de Boumediene en décembre 1978. Son successeur, le colonel Chadli Bendjedid, est désigné par le congrès extraordinaire du FLN. Chadli tente alors de réorganiser ce parti, et prend une place centrale après une longue période de mise à l'écart. Le congrès du FLN de janvier 1979 redéfinit les statuts et les structures du parti, notamment, en le dotant d'un comité central, dont le secrétaire-général est automatiquement le candidat du FLN à la présidence. En juin 1980, le 4ème congrès du FLN réunissant près de 4.000 délégués, initie d'importants changements dans les structures du parti. Ces réformes renforcent, considérablement, la position du président qui a le pouvoir de choisir les membres du Bureau Politique et d'opérer, dans le parti, les changements qu'il juge nécessaires. Le poste de secrétaire général du parti étant attribué au président Chadli, l'appareil du parti est placé sous la direction effective de Mohamed Cherif Messadia. Au 5ème congrès du FLN, en décembre 1983, Bendjedid est réélu au poste de secrétaire général du parti et devient le seul candidat aux élections présidentielles du 12 janvier 1984, où il est réélu pour cinq ans.

Mehri et "le coup d'état scientifique"

Avec les émeutes du 5 octobre 1988 qui secouèrent le pays vers des réformes politiques essentielles, en février 1989, une révision constitutionnelle instaura le multipartisme et la liberté d'expression et autorise la création de formations politiques. Dans ces nouvelles circonstances, où le régime du parti unique fut dissous, le FLN tient son sixième congrès. Au début de l'année 1990, et dans le souci d'affronter les nouvelles données du milieu politique algérien, le Front de libération nationale fait appel à Abdelhamid Mehri, qui était encore l'ambassadeur d'Algérie au Maroc. Chadli avait "vraiment besoin" de la rescousse de l'une des gloires du premier novembre, pour prendre en main les destinées du Front. Devant la victoire du FIS-dissous- aux élections municipales de juin 1990 et au premier tour des législatives de décembre 1991, il est mis un terme au processus électoral, tandis que Boudiaf rentrait au pays pour prendre la tête de la présidence du Haut Conseil de l'Etat, le 11 janvier 1992. Quelques mois après, le président de la République, Mohammed Boudiaf, fut assassiné à Annaba. Durant tout le déroulement de ces évènements, le Front de libération nationale demeurait dans l'opposition au gouvernement jusqu'à 1996. Même après l'élection du président, Liamine Zéroual, le 16 novembre 1995, le FLN reste extérieur au pouvoir. Sous le mandat d'Abdelhamid Mehri, le parti fera l'expérience de l'opposition. Le FLN de son ère, passe alors d'un parti gouverneur du pays à un très actif parti de l'opposition. Ainsi, l'ancien parti unique signe avec six autres formations politiques, le 13 janvier 1995, la plateforme de Rome initiée par Ait Ahmed et qui prône la réconciliation nationale. Pour beaucoup de spécialistes, c'est cette action qui a valu le poste du secrétaire général à Mehri qui dénonçait, dès lors, un coup d' "Etat scientifique". En revanche, les "anti-Mehri" parlaient d'importants débats internes au sein de la direction du parti, qui ont été conclus par le changement de la position officielle du FLN pour un soutien à la présidence.

Benflis, le rêveur

Durant le septième congrès du parti en 1996, Boualem Benhamouda, ancien ministre a déposé Mehri. Effacé et discret, il ne laisse pas de grands souvenirs dans les annales du parti. Aux élections législatives du 5 juin 1997, le FLN n'a obtenu que 62 sièges sur les 380 de l'Assemblée nationale populaire, devenant ainsi le troisième parti du pays.
Le 15 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika, soutenu par le FLN, remporte l'élection présidentielle avec 73,8 % des suffrages. Benhamouda sera écarté de la direction nationale du FLN en septembre 2000, avec la venue d'Ali Benflis, un proche du président Bouteflika et son directeur de campagne pour les présidentielles précédentes. Celui-là restera dans l'histoire comme l'homme pressé, le rêveur et le trop ambitieux. Son ambition a cassé une carrière qui s'annonçait prometteuse et déclenché une nouvelle crise au FLN. Afin de remporter, un soi-disant défi contre Bouteflika, il a verrouillé le parti en changeant les statuts, pour s'accorder des pouvoirs exorbitants. En 2004, Ali Benflis se présente à l'élection présidentielle, comme candidat du FLN, et n'obtient que 6,4 % des voix, contre 85 % pour Abdelaziz Bouteflika. La victoire d'Abdelaziz Bouteflika entraîne une reprise en main du FLN.
Et en 2005, le 8ème congrès national de cette formation politique, tenu entre 30 janvier et le 1er février à la Coupole à Alger, nomme Bouteflika président du parti et Abdelaziz Belkhadem secrétaire général du FLN.
Ce dernier a mis près de deux ans pour remettre sur pied le parti et préparer le neuvième congrès de ce parti qui s'annonce décisif. Il sera tenu entre le 19 et le 21 de ce mois de mars. À l'histoire d'en juger.

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