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Blog de Samir Ghezlaoui

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Sur les traces de Fadhma Ath Mansour Amrouche

13 Janvier 2013 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #Reportages

Elle a passé ses dernières années en Bretagne

Sur les traces de Fadhma Ath Mansour Amrouche

histoire-de-ma-vie-fadhma-aith-mansour-amrouche-97827071320.gif

Reportage réalisé par Samir Ghezlaoui

in El Watan du 13/12/2013

http://www.elwatan.com/culture/sur-les-traces-de-fadhma-ath-mansour-amrouche-13-01-2013-199293_113.php

  Baillé Mairie-de-Baille.JPG

          Sur le chemin qui mène à Baillé, petite commune bretonne à 345 km de Paris, la beauté naturelle et parfois sauvage nous rappelle les villages perdus au fin fond des montagnes de la Kabylie. Au bord de la route, on voit défiler des arbres bien droits, de jolies vaches, des villas modernes mais surtout des maisons traditionnelles séculaires qui n’ont rien perdu de leur élégance architecturale. Les villageois de cette petite contrée possèdent toutes les qualités humaines et sociables d’humbles hôtes. Souriants et accueillants, ils nous expliquent qu’ils ont l’habitude de «recevoir souvent, depuis une dizaine d’années, des pèlerins berbères» ! Pèlerins ? Berbères ? Ils parlent de quoi au fait ? «Depuis 2001, date où nous avons découvert la tombe de Fadhma Ath Mansour Amrouche, notre village est devenu une destination privilégiée de dizaines de berbères en quête de leur identité, venant des quatre coins de la France et même d’Algérie», explique Stéphane Chalifour, président de l’association culturelle locale, Ramdam Des Roses. «C’est Odile Logeais, membre de notre association qui a fait la découverte de la tombe, en s’intéressant au pays du Coglais auquel appartient la commune de Baillé», rétorque à son tour Khaled Drider, de l’Association culturelle des Berbères de Bretagne. Mais pourquoi donc la Grande Fadhma a choisi de finir ses jours dans ce village, construit au milieu de nulle part qu’avec de la roche et du pavé antique ? La première réponse est simple, elle cherchait la paix d’esprit et d’âme dans ses derniers jours de vie dans un coin qui la rapproche, certes spirituellement, un peu plus de sa terre natale, la Kabylie. Elle était née entre le brouhaha des fermiers hyperactifs, des chants traditionnels et la chaleur du vivre ensemble, dégagée par les différents animaux domestiques. Ainsi était sa première demeure, ainsi elle en a choisi sa dernière. En revanche, le destin s’est fortement ingéré dans cette fin inespérée de celle qu’il a tout le temps punie sans grâce : l’exil, la maladie et le deuil de cinq enfants.

Une paix interne retrouvée

          Au milieu de toutes les majestueuses stèles funéraires que compte le cimetière de Baillé, on distingue un tout petit tombeau en marbre gris sur lequel est transcrit son nom en couleur dorée, comme pour dire que cette femme est modeste, mais elle a écrit son nom en or dans l’histoire des siens. A quelques pas d’elle, dort éternellement madame Fernande Simon. «Fernande est la gouvernante de Fadhma. Arrivant à la retraite, elle a invité son employeuse à venir vivre avec elle dans sa maison ici à Baillé. Et c’était le cas. Les deux femmes on vécu ensemble pratiquement quatre ans, avant que la grande poétesse soit transférée à l’hôpital de Saint-Brice-en-Coglès où elle est décédée le 9 juillet 1967», a indiqué M. Chalifour, assurant avec amabilité le rôle de guide historico-touristique. Parlant de la mort de Fadhma Ath Mansour, nous avons pu récupérer un acte de décès qui nous apprend des choses inédites sur sa vie, toujours si méconnue. D’abord, la date de sa naissance, souvent citée comme étant 1882, est fausse. En tout cas, elle est officiellement présumée née en 1887. Quoique fille «illégitime» et «non reconnue» par son père, la justice française, comme elle l’écrit elle-même dans son livre posthume Histoire de ma vie, a forcé son père biologique à la reconnaître, en vain. Néanmoins, l’administration coloniale lui donna une identité parentale complète, avec son vrai nom de famille : «Fadhma Ouadi, fille de Kaci et d’Aïni Maghraoui».

Tombe-de-Fadhma.JPG Acte-de-deces-Fadhma-Ath-Mansour.jpg

Le refus du bannissement

        Sortant du cimetière en direction de la maison qu’elle habitait avec sa fidèle servante, nous empruntons une allée qui porte son nom. «Cette allée communale a été inaugurée en 2005, à l’occasion de la journée de la femme et du Printemps des Poètes que nous avons organisée», précise notre guide. Sur une plaque commémorative, l’on peut lire «Allée Fadhma Amrouche, Poétesse (1882-1967)».                                                                             Alle-Fadhma-Ath-Mansour.jpg                                     

          Après cinq minutes de marche, nous voilà devant une bâtisse splendide, d’apparence très ancienne : toit en gris, murs en pierre et deux grandes cheminées qui donnent à la maison un charme divin. Revêtues d’un marron qui brille de loin, les portes et les fenêtres on été sûrement rénovées. «C’est une maison de 1617, appelée la maison du Sénéchal. Le Sénéchal est un officier de justice qui travaille pour le Roi et ayant les attributions d’un maire de nos jours», précise encore Stéphane Chalifour. C’est dire que Fadhma Amrouche a eu le respect qu’on doit aux reines à Baillé, et cela confirme que personne n’est prophète chez lui, mais ailleurs c’est possible. Cette petite villa est occupée par un couple d’instituteurs. Invités à l’intérieur, M. Philipot Patrick, actuel propriétaire, raconte : «j’ai acheté cette maison par simple hasard et je ne le regrette pas. En 1988, l’un des fils de Fernande Simon voulait vendre cette bâtisse pour pouvoir réparer sa voiture. Pour moi, ce n’était qu’une ancienne maison qui avait besoin d’énormes travaux de rénovation. Plus tard, j’ai découvert sa valeur morale et je ne veux plus m’en séparer. Grâce à ma maison, j’ai appris que le peuple berbère est très fier de ses grands hommes et femmes. Je suis très touché de voir l’importance et le respect qu’il leur accorde».

La-maison-de-fadhma.JPG                          Le-lit-de-Fadhma.JPG

          Sur un ancien album photos qui illustrent l’état de la maison du vivant de Fadhma Ath Mansour, on se croirait en Kabylie. Tout était là : un grenier, un potager, des toilettes à ciel ouvert, les portes et fenêtres en troncs d’arbres, etc. Sur l’un des clichés, on reconnaît ce qui a été sans nul doute le lit de la défunte Fadhma. En effet, la couverture traditionnelle qui ornait le lit est assurément d’origine berbère, tissée manuellement à la laine. Encore un lien symbolique, mais explicite, entre la fille prodige de la Kabylie et son pays jusqu’au dernier souffle, éclat de mémoire et trait de vue. Elle a lutté à sa manière, à la fois contre l’exil et contre le bannissement de ses origines et de son identité. 

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Fadhma Ath Mansour Amrouche et sa fille Taos, Baillé – 1966.

 

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Opération de relogement des familles de Diar Echems: Des citoyens dénoncent leur marginalisation

15 Mars 2010 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #Reportages

Opération de relogement des familles de Diar Echems

Des citoyens dénoncent leur marginalisation

 Reportage réalisé par Samir Ghezlaoui

In Tribune Des Lecteurs du 16/03/2010

 DSC_0004.JPGSix mois après les émeutes sanglantes de Diar Echems, les autorités locales se sont rendues à l'évidence, en permettant le déménagement de ces familles vers des logements plus décents. L'opération de relogement s'achèvera aujourd'hui, avec les 307 autres familles qui vont rejoindre leurs nouvelles habitations à Birkhadem. 512 familles, en tout, ont bénéficié d'appartements de type F3 et F4, ce qui leur permet ainsi de sortir du moyen-âge.


En arrivant, dimanche matin, dans cette cité, située à quelques kilomètres de la résidence présidentielle, notre jugement était déjà établi : « un grand soleil d'hiver, plus grand et plus chaud que celui de l'été, vient enfin de se lever sur ce quartier, qui porte son nom ». Tout le monde dans cette cité « préhistorique » de 1500 logements, ne parlait que des « L'mrehlline (les relogés) ». Sur place, la première image qui ne vient à l'esprit, est les cinq larges immeubles d'en face. Certes, cela se voit qu'ils étaient anciens, mais pas au point si gravissime tel que rapporté par la presse nationale durant les échauffements d'Octobre dernier. C'était une impression qui n'a duré que quelques minutes, avant que nous nous rendions compte qu'on avait tort.

  Un déménagement à l'aube

Au quartier de Diar Echems, il était près de midi, les relogés, retardataires, venaient de quitter les lieux en camions ou camionnettes, avec leurs bagages, meubles et le reste de matériel constituant le quotidien de ces familles qui se limitaient, jusque là, au minimum, pour survivre. Ce  « brouhaha » était remarqué et les gens allaient dans tous les sens. Les discussions se portaient toutes autour du relogement. Juste en face des grands immeubles, se situait une annexe de la mairie d'El-Madania, où nous avons recueilli quelques précisions d'un représentant des autorités locales, chargé de l'opération de déménagement. Il nous a expliqué que l'opération « rentre dans le cadre du projet de l'éradication des bidonvilles et l'habitation précaire, décidé par le président de la République ». « Cette action de relogement, en deux tranches, consiste à reloger 205 familles habitant les gourbis, aujourd'hui, puis les 307 autres familles habitant, cette fois, les cinq anciens immeubles, mardi (aujourd'hui)", a-t-il précisé.
Voulant en savoir plus auprès des familles relogées, on nous a dit que c'était trop tard, car toutes les familles sont déjà dans leurs nouveaux appartements à Birkhadem. On pensait rejoindre la rédaction et mentionner en gras : « l'opération de relogement à Diar Echems a été parfaite », mais la réalité est toute autre.

  En plein quartier des ténèbres !
DSC_0103.JPGJournaliste et photographe de Tribune des Lecteurs avons été surpris par un jeune habitant du quartier qui nous a invités à faire une petite ballade guidée dans la cité, où le « Soleil » se fait désirer. Eh oui, nous sommes presque passés à côté d'une amère réalité, cachée par la façade des cinq bâtiments existant dans ce QG de la vie cruelle et de la misère galopante. « Vous êtes journalistes ? Vous êtes nos amis, soyez les bienvenus. Venez voir et prendre des photos de la vie que nous menons depuis la nuit des temps », nous a demandé Sid Ali. Nous avons accepté volontiers de suivre celui-ci. A partir de ce moment, loin des protocoles officiels assommants, on n'a eu que la réalité en face de nous, rien que la réalité. Derrière les HLM usés par le temps, on a découvert des centaines de baraques de fortune dans lesquelles sont entassées des milliers d'être humains. Enfin, ce qui restait de ces gourbis rasés par des agents des travaux publics de la commune et de la wilaya. A première vue, on aurait dit qu'un violent tremblement de terre est passé par là. Trop tôt le matin, selon notre guide, les éléments des travaux publics étaient déjà sur place. Appuyés par des agents de la Sonelgaz et de la Seaal, et à l'aide de pioches et d'un bulldozer, ils ont pris d'assaut la cité précaire.

DSC 0094-copie-1Au milieu de tout cet amas de béton, apparaissait une petite baraque qu'on n'avait pas encore descendue. Cette maisonnette était, en fait, l'abri d'une mère et de ces trois enfants abandonnés par leur père. Ils refusaient de sortir car ils n'avaient pas l'assurance qu'ils seraient relogés avec le reste des voisins. « Je ne sortirai de ma maison que pour rejoindre mes voisins, dans un logement décent », a déclaré Nadjia K, écartée de la liste des bénéficiaires, à la veille de l'opération. Pourtant, selon elle, son dossier a été accepté. Le samedi, elle a reçu normalement sa convocation de la part des chargés du déménagement. Dimanche matin, à l'heure où elle se préparait à une nouvelle vie, plus digne, un agent du relogement la surprend. « Ton nom ne figure pas dans la liste des relogés, m'a dit l'agent. Il m'a expliqué que mon dossier était perdu et que je devais en constituer un autre », a ajouté madame Nadjia. Cette petite famille, composée de la mère, un garçon de 18 ans et deux filles de 14 et 12 ans, est trop grandes quand même pour vivre dans une maisonnette de deux mètres carrés. « Ça se voit clairement qu'il y a quelque chose de louche. Cette femme, abandonnée par son mari et condamnée par sa famille, habite dans cette baraque depuis 2003. Elle devait être, naturellement, parmi les premiers relogés, vu sa situation sociale », a martelé une vieille dame, voisine de notre interlocutrice, venue soutenir sa « protégée », avant qu'elle ne soit interrompue pas cette dernière. « Je ne comprends pas comment ça se fait, qu'une célibataire ait son appartement tandis que moi pas. A remarque c'est normal, elle est une fonctionnaire de l'Etat. Ce n'est pas comme moi, une simple femme de ménage. C'est de la Hogra ni plus ni moins ", s'insurgeait N.K. Durant notre entrevue avec cette dernière, nous avons été obligés de supplier les agents de la mairie, plusieurs fois, pour qu'ils arrêtent de détruire une baraque encore habitée. Heureusement, l'un des voisins nous a rassurés que ça ne se fera pas sans l'approbation de la concernée, qui a procédé au dépôt de son recours, en espérant être parmi les déménagés de mardi (aujourd'hui).

  Pas de connaissances ni de Tchipa ? Casse-toi
DSC_0107.JPGA quelques mètres du premier gourbi, notre guide nous a fait visiter une autre baraque. Cette fois, nous sommes devant une famille composée de quatre membres, un vieillard de 90 ans, handicapé à 100%, une femme et deux filles, analphabètes, célibataires et âgées d'une quarantaine d'années. « Mon père a quitté la wilaya de Djelfa durant la décennie noire, fuyant le terrorisme qui a tué toute sa famille. Il est handicapé. C'est pour ça qu'on ne nous accorde aucune considération », a déclaré l'une des deux filles en pleurant. « Nous vivons dans cette baraque sans ressources et sans le soutien de qui que se soit. Nous n'avons ni la force ni de connaissances pour défendre nos droits. C'est pour ça que nous sommes encore là, au moment où les autres sont partis à Birkhadem », a-t-elle ajouté. Notre ami, Sid Ali, a défendu particulièrement cette famille vulnérable. « Ils ont tout le droit d'avoir un logement, surtout qu'ils n'ont personne pour les soutenir dans leur vie. Il y a des familles qui n'ont même pas deux mois de présence ici, mais ils ont bénéficié d'un F4. C'est inacceptable », a-t-il rétorqué.
Notre prochaine famille est une famille heureuse. Le rêve devient réalité pour nos hôtes. Après des années d'attente et un calvaire vécu au quotidien, ce foyer de sept âmes va goûter enfin à une vie digne et plus décente. « Mardi (aujourd'hui) Inchalah, nous allons déménager et quitter une bonne fois cette misère. Je vous le jure, nous venons de renaître », nous a témoigné l'une des filles de la famille, trop émue, mais visiblement heureuse .
Au moment, où on s'apprêtait à quitter le quartier, un gamin nous a tenu la main en nous demandant : « Vous êtes journalistes ? Mon grand père souhaite vous voir ». Le petit Ghilès nous conduisit vers leur F1 situé dans l'un des cinq immeubles à détruire. Ici, nous sommes les invités d'une famille d'un ancien combattant de l'ALN, originaire de la Grande Kabylie. « Je suis un moudjahid et mon épouse aussi. J'ai acheté cet appartement à l'OPGI et maintenant nous devons l'abandonner. On nous a promis deux logements, mais maintenant on nous dit que ce ne sera qu'un seul qui nous sera accordé », a essayé de nous faire comprendre, le grand père, interrompu par l'une de ses belle-fille: « le problème c'est que nous sommes deux, voire trois familles, dans un seul appartement. On nous a promis un F4 en cas de signature d'un désistement sur notre F1, sinon un F3. Mais comment peut-on vivre dans un seul appartement, à 12 personnes ? ». Sur place, nous avons constaté que c'est une très bonne question, surtout que le grand père est paralysé du côté gauche. Dans cet F1, c'est une équation compliquée qu'il nous faut pour trouver une place à chaque membre de cette famille. On a appris ce que c'est qu'une histoire à dormir debout! Un couple prenait le balcon, un deuxième réservait la cuisine et les autres membres de famille prenaient le reste.

  La justice ou la révolte

DSC 0068En quittant cette famille, notre guide nous explique la façon dont est géré le relogement. Plusieurs cas louches, dit-il, sont signalés. « Il y a des gens qui ont bénéficié du relogement, au détriment des vrais ayant-droits. La situation est sur une poudrière et risque d'exploser à tout moment », a mis en garde, Sid Ali. Notre ami nous a reconduits jusqu'à la sortie de la cité, en nous expliquant au passage que « durant les émeutes d'Octobre dernier, même les policiers et les éléments des forces anti-émeutes ont été empêchés d'entrer dans le quartier, à part les journalistes. Nous avons confiance en vous, pour faire éclater la vérité et porter tout en haut les revendications et les doléances des simples citoyens ». Pour rappel, les autorités locales ont procédé à cette opération de relogement, pour répondre aux demandes insistantes de ces milliers d'habitants des bidonvilles. Officiellement, plus de six mille logements de fortune ont poussé comme des champignons autour de la capitale, Alger. Ces baraques sont une source de plusieurs fléaux sociaux et représentent, parfaitement, l'injustice sociale. C'est pour ça que le gouvernement doit prendre en charge, sérieusement, le relogement de toutes les familles afin de mettre un terme au spectre d'autres révoltes comme celle de Diar Echems.
Ce quartier a vécu, durant un petit bout de temps, un « beau soleil » d'hiver, mais tout de suite brouillé par quelques nuages sombres de l'injustice, condamnant des ayant-droits à vivre, on ne sait pour combien du temps encore, dans les ténèbres de Diar Echems.

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L’Algérie au lendemain de l’assassinat d’Ali Tounsi: Entre peur et stupeur…

27 Février 2010 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #Reportages

L’Algérie au lendemain de l’assassinat d’Ali Tounsi

Entre peur et stupeur…


Reportage réalisé par Samir Ghezlaoui

 

ALI TOUNSINous sommes le 25 février, il est à peine 11h00. L’atmosphère était plutôt dégagée sur le Grand Alger. Les citoyens profitaient au maximum d’un très beau temps de « printemps ». Soudainement, quelque chose de bizarre vient gâcher l’allure sereine des gens. En une infraction de secondes, un sentiment d’inquiétude et de stupéfaction plonge toute la Capitale dans le doute.

« Tu es au courant de la nouvelle ? », se demandaient plusieurs étudiants au niveau de la Fac centrale. « Lorsque j’ai remarqué le chuchotement des uns et des autres, j’ai compris qu’une regrettable information vient de tomber. Je vous ne le cache pas, j’ai pensé directement à l’équipe nationale et d’éventuelles nouveautés concernant le litige avec les égyptiens. Mais tout de suite j’ai compris qu’il s’agit d’autre chose », a répliqué un étudiant en Pharmacie. La nouvelle, faut-il le dire, faisant état de l’assassinat du Directeur général de la sûreté nationale, Ali Tounsi, s’est répandue comme une trainée de poudre et tout Alger se met à…réagir. Les conversations allaient bon train à propos de l’Assassinat du DGSN. Au début, tout le monde songeait à une rumeur. Quelques instants plus tard, la Chaîne El-Djazerra venait de répondre d’une manière quasi-officielle : Ali Tounsi est bel et bien tué dans son bureau. Les gens commencent alors de s’en rendre compte. « J’étais à la Fac quand j’ai reçu un SMS de mon frère ainé m’informant que Ali Tounsi est assassiné dans son bureau », explique Yacine, un étudiant en communication, avant d’exprimer son choc suite à la tuerie. « Je ne comprends pas comment un Cadre de cette stature soit tué dans son propre fief. J’étais stupéfié car, je pensais, que ce genre d’incident ne devait se produire à ce niveau », dit-t-il. Une fois l’information est divulguée officiellement, le même sentiment d’incompréhension et de questionnement domine Alger et tout le pays. Hier encore, les habitants de la Capitale se sont réveillés sur le désarroi et la suspicion autour de l’assassinat du Premier Policier algérien. Dans les quartiers populaires comme Bab-El-Oued, où s’est produit l’homicide, un climat d’angoisse s’installait dans les esprits des citoyens. Dans les cafés, les marchés et autres lieux publics, le meurtre du chef de la police était sur toutes les lèvres. Cet événement a suscité pas mal de questions chez un groupe de vieux que nous avons rencontré dans un café à Alger-Centre. Et à chacun un point de vue qui s’oppose parfois diamétralement des autres avis de ses concitoyens. « Ce qui c’est passé à la DGSN est grave. Comment peut-on être sûr qu’un acte pareil ne touchera pas d’autres cadres de l’Etat », s’interrogeait un retraité de la fonction publique. Pendant ce temps, son compagnon est allé un peu plus loin en pestant : « Je vous jure que le cas de Boudiaf m’est revenu tout de suite à l’esprit». Enfonçant le clou d’un cran, Aâmi Mouh, ex-comptable, ne s’est pas empêché de prévoir « la mise en branle de la plus haute sphère du pouvoir en conséquence à cet incident inattendu ». Notre interlocuteur ne cache pas son étonnement du fait que le communiqué du ministère de l’intérieur indiquait que c’est son proche collaborateur qui l’a tué. « Mais pourquoi, bon Dieu ?», tonnait-il.

 

On se pose des questions !

 

Continuant notre virée, nous avons recueilli l’avis d’un journaliste confrère, stupéfié lui aussi par ce « fait choc ». « Je ne sais pas si nous ne devons pas faire un lien entre toutes ces histoires de corruption qui secouent plusieurs institutions de l’Etat et ce meurtre. Il ne faut pas oublier qu’on parle du limogeage de l’assassin par sa victime », rappelle-t-il. L’assassinat du DGSN a créé, davantage, un sentiment terrorisant chez les algériens stressés auparavant par le quotidien très dur, la cherté de la vie et les rumeurs qui circulent ici et là quant à un éventuel conflit au sein du pouvoir. Les citoyens ont tendance à avoir peur. « J’espère que ce ne va pas dégénérer. Nous avons marre de cette Algérie qui se déchire », a déclaré une quadragénaire. C’est dire la plupart des algériens étaient choqués par la gravité des faits achevés par la mort du DGSN, en fonction depuis pratiquement quinze ans. Durant notre contact avec les citoyens nous avons constaté que les gens étaient inquiets beaucoup plus par rapport à la façon du meurtre qu’à autre chose. « On aurait avalé ça facilement si c’était un attentat terroriste. Mais qu’un haut responsable soit tué ainsi, il y a de quoi être préoccupé quant à l’avenir de notre pays », a affirmé un gérant d’un café à la rue Didouche Mourad. Enfin, une vieille femme, que nous avons croisée à la rue Tanger, souhaitait que les choses s’arrangent rapidement dans le bon sens. « Prions Dieu que le spectre de la discorde ne prendra pas, de nouveau, en otage notre chère Algérie », a-t-elle avancé avec un accent loin d’être rassurant. Personne à Alger, comme ça doit être le cas dans les quatre coins du pays, n’est indifférent à propos de ce meurtre « hollywoodien » du DGSN. Tout d’abord l’indignation et la consternation, pis la stupéfaction, l’étonnement, l’émotion, la curiosité, l’inquiétude, la frayeur, la peur et la stupeur, tous ces mots ne servent, au fait, qu’à décrire une simple partie d’un état d’esprit trop particulier des Algériens au lendemain de l’assassinat d’Ali Tounsi. L’Algérie effrayée craint le pire.

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Boudjima: la commune oubliée

20 Octobre 2009 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #Reportages

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Boudjima (Tizi Ouzou) : La commune oubliée

 

Reportage réalisé par Samir Ghezlaoui

In El Watan du 20/10/2009

 

 

En été comme en hiver, les citoyens de Boudjima ont développé une patience très particulière, celle de vivre sans eau !? Malgré que cette municipalité se trouve à 30 km, seulement, du fameux barrage de Taksebt, l’alimentation en eau potable reste son problème fondamental. Tenez-vous bien, la population n’est desservie, généralement, qu’une fois par semaine.


Or, les gens ont payé les compteurs, contre près de 3000 DA et reçoivent les factures régulièrement de l’ADE. Ainsi l’Algérienne des eaux réclame à ses abonnés « d’office », 300 DA d’abonnement chaque mois pour une eau qu’il n’auront pas eu. Toutefois, l’eau se fait vraiment précieuse. Les robinets sont oxydés à force de l’absence de ce liquide inestimable. En outre, la plupart des conduites sont anciennes et les fuites surviennent d’une manière régulière. En attendant de résoudre l’embarras de l’eau définitivement, les citoyens refusent de payer leurs factures. « Tant que je n’aurai pas de l’eau quotidiennement à domicile, je ne payerai pas un sou », déclare un habitant, en colère. Outre la défaillance dans la dotation de l’eau, ladite commune se débat dans des problèmes qu’on n’arrive guère à dénouer. Juste après ce problème majeur, les campagnards se plaignent des coupures d’électricité et des chutes de tension répétées. D’ailleurs, ils accusent la Sonelgaz de délestage durant la saison de la grande chaleur. Un quinquagénaire souligne : « Ils font exprès de nous couper l’électricité pour permettre aux grandes villes de l’avoir, c’est toujours nous, les montagnards, qui payons la mal-gérance dans ce pays. » Pour régler ce problème, les autorités locales ont alerté la Sonelgaz.

 

Depuis, la situation s’est améliorée. Néanmoins on signale souvent des coupures de courant de courte durée et des chutes de tension. Les clients de cette société nationale la mettent en garde contre une situation semblable durant l’hiver prochain. Dans le même sillage, la localité de Boudjima est privée de l’une des commodités les plus élémentaires, à savoir l’alimentation en gaz de ville. Pour cela, les foyers utilisent le gaz butane. La bouteille est cédée contre 220 DA par les dépôts et les stations Naftal existants dans la commune. Ce qui fait un fardeau de plus sur les bourses moyennes et modestes, très nombreuses, dans cette contrée. En plus, la bouteille du butane fait l’objet de spéculations à chaque saison hivernale. Le raccordement au réseau de gaz de ville reste le rêve. Aucune personne dans cette circonscription ne songe à voir un tel projet se réaliser dans les quelques années à venir. « Du gaz de ville à Boudjima ? Même pas dans les rêves ! », s’exclame un jeune étudiant. Paradoxalement, la canalisation, conçue pour alimenter la commune limitrophe de Ouaguenoun, est fin prête.

 

Chômage galopant

 

Le réseau routier est également dans un mauvais état. Les routes dépourvues de fossés et de caniveaux deviennent impraticables durant certaines périodes de l’année. De plus, on note l’inexistence complète des trottoirs dans toutes les routes, même au chef-lieu de cette localité. Quoique plusieurs pistes aient bénéficié des projets communaux de revêtement, plusieurs quartiers s’indignent de la façon dont la mairie a désigné les priorités des pistes à bitumer. « C’est irresponsable de la part de l’APC de ne pas permettre le bitumage du chemin reliant notre quartier à Ldjamaâ Oumzug et Tighiltarkisth. Pourtant, ce projet une fois réalisé, permettra de désenclaver tout un village, sinistré a chaque fois que quelques gouttes tombent du ciel. Il permettra aussi, à certains propriétaires de garages de les transformer en locaux commerciaux fleurissants, une activité presque absente dans le village. Des fonctionnaires de l’urbanisme sont venus plusieurs fois pour prendre les mesures mais sans donner une suite jusqu’à maintenant », s’agace un habitant du quartier Thissiraydou.

 

Sur un autre volet, des grands villages tels qu’Assekren, Afir et Tarihant réclament l’achèvement de la ligne téléphonique limitée, depuis des années, au chef-lieu de la commune et ses environs. Malgré la couverture excellente des réseaux de la téléphonie mobile, les jeunes de ces villages veulent bénéficier des services qu’offre la téléphonie fixe dans notre pays. Particulièrement, ils désirent s’abonner à Internet, l’ADSL de préférence. « Étant accro à l’Internet, je suis obligé de me déplacer chaque jour au chef-lieu de la commune pour me connecter dans un cybercafé. Sans oublier que ceci me coûte, aussi, une petite fortune », explique Madjid, un jeune passionné de la toile virtuelle. Ce service des télécommunications est devenu le seul refuge pour les jeunes et les chômeurs, en l’absence d’infrastructures culturelles et sportives et la persistance du chômage.

 

Ce fléau généré par une exclusion sociale pousse de plus en plus les jeunes, vers les zones urbaines (Tigzirt, Tizi Ouzou et Alger). Ils cherchent d’autres alternatives, quasi inexistantes dans leur localité, pour un cadre de vie meilleur. Un retraité de la fonction publique rétorque : « Tout le monde veut quitter cette misère. Les étudiants n’attendent que leurs diplômes pour partir ailleurs, très loin d’ici. Les autres se débrouillent n’importe comment pour avoir un visa qui leur permettra de rallier l’occident. Si ça continue comme ça, il ne restera que les vieux et les enfants dans notre commune. » Quelques jeunes artisans et commerçants dénoncent, également, le laxisme et le laisser-aller des responsables concernant le projet des « locaux du président ». Ils n’ont eu aucune trace de ladite formule depuis que le président de la République l’a annoncée. On note aussi que les bénéficiaires des logements ruraux qualifient d’« une lenteur exagérée » les procédures pour l’octroi de l’aide à l’auto-construction. En matière d’éducation, les citoyens réclament le transport scolaire pour leurs enfants et le chauffage dans les salles de classes. Les parents espèrent aussi, dans le moyen terme, avoir un nouveau lycée. Le lycée de Boudjima est, en fait, un ensemble de chalets préfabriqués dépassés par le temps. La moindre petite neige ou goutte d’eau renvoit les lycéens chez eux. Le secteur de la santé, quant à lui, est en état de latence. Bien qu’il y ait un dispensaire, les malades souffrent le martyre. Pour une simple urgence, une radiographie médicale, une prise sanguine ou simplement pour avoir une carte de groupage, il faut se déplacer vers Tikoubaïne, le secteur sanitaire le plus proche.


Un minimum de commodités?

 

Concernant le domaine du siècle, l’environnement, les habitants des frontières forestières de Sahel crient : « Halte au génocide contre la nature verte et pure de Yaffadjen ». Cette petite mechta, « la porte des oliviers », est réduite à une simple décharge publique. Jour après jour, les images de cette belle nature vont disparaître et la chance de boire de l’eau pure dans un petit lac, de la forêt de Sahel, se volatilisera dans l’air, tout pourri, tout pollué. Plus grave encore, on a pensé même à l’élargir pour qu’elle puisse recevoir les ordures de toute la région !? Pourtant Sahel comme Cheriâa au nord peuvent devenir un grand pôle du développement rural générateur de plusieurs postes de travail. Les responsables ont négligé leurs capacités touristiques ; les magnifiques scènes de Cheriâa et les sites paradisiaques de Sahel. En exploitant correctement toutes leurs richesses, Sahel et Cheriâa ont les moyens de se transformer en joyaux touristiques et agricoles qui pourraient, à eux seuls, éradiquer le chômage et tout ce qui s’en suit. Dans ce sens, l’APC a initié une vaine campagne de mise en valeur, gratuite, des terres agricoles de la région.

 

Néanmoins, c’est une bonne voie pour tenter de réanimer l’agriculture locale qui était très forte avec ses terres fertiles et son oliveraie. En attendant que la politique du bricolage s’arrête et qu’on se mette au travail sérieux, les citoyens de Boudjima exigent des autorités locales plus d’attention pour leurs carences. « Nous ne demandons pas un miracle, juste le minimum de commodités pour un cadre de vie décent et faire revivre, dans nos cœurs, l’esprit de la citoyenneté et la fierté de l’appartenance à un pays libre et si riche », soutient un moudjahid de la région. De la sorte, Les gens retrouveront, peut-être, le sourire perdu, il y a longtemps. Ils étaient jusque-là inquiets par le règne de l’insécurité. Plusieurs quartiers sont devenus le fief des agressions, la consommation de la drogue et la vente illicite des boissons alcoolisées. Certes, cette situation s’est compliquée davantage depuis les événements de Kabylie de 2001. Toutefois, elle est le résultat logique de l’état d’une population désespérée et agacée par la dégradation incessante du cadre de vie sociale. Mais elle est, surtout, l’œuvre d’une jeunesse effrayée par un avenir sombre.

 

Connaissez-vous Boudjima ? (Publié en tant qu’encadrés in El Watan)

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"Bujimaâ"
 

 Située à 25 km du chef-lieu de wilaya de Tizi Ouzou et à 10 km à vol d’oiseau de la ville côtière de Tigzirt, Boudjima est l’une des deux communes de la daïra de Makouda. Cette petite localité, dominée par les caractères humains et naturels de la grande Kabylie, s’étend sur une superficie de 34,9 km2. Née du dernier découpage administratif de 1984, « Bujimaâ » est un conglomérat de tribus d’origine du grand âarch d’Ath Ouaguenoun. Ce coin enclavé de la Kabylie semble être, pratiquement, oublié par les pouvoirs publics. Ses citoyens dénoncent l’absence totale des autorités. Ils sont livrés à eux-mêmes dans la conquête de chercher et d’améliorer leurs conditions pour une vie décente. Cette commune forte de près de 17 824 habitants vit le malheur de l’absence, presque parfaite, des indices du développement local. Même la vocation agricole est perdue au fil des années. Les champs de blés et les espaces de pâturage ont disparu au fur et à mesure. Tout ce qui reste, c’est ces quelques foyers d’élevage de bovins et de volailles. Les terres, si fertiles, sont désertées par leurs propriétaires. Ce qui fait que la seule activité économique, présente encore à Boudjima, est l’extension des petits commerces à travers tous ses villages.

 

Le Rocher des sages

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L’histoire de Boudjima est très ancienne, elle va jusqu’à l’antiquité. L’homme préhistorique de la région fut un artiste.La preuve, c’est l’existence depuis la nuit des temps d’Azru Imedyazen. Ce dernier est un énorme rocher, situé au sud du village de Tarihant. Découvert en juin 1965, ce site se divise en deux abris. Le premier mesure 13 m de long, 3 m de haut et 2,5 m de profondeur. Le second de forme ovale mesure quant à lui 8 m de long sur 5 m de hauteur et 1 m de profondeur. Les autochtones avaient traduit dans ces abris, à l’aide des oeuvres peintes, leurs préoccupations quotidiennes et le génie de leur langue : Le libyque. Ce site a été, un lieu de rencontre des sages d’une partie des villages des Ath Ouaguenoun afin de régler leurs différends d’où son nom « Azru Imeyazen » (Le rocher des sages). Cependant des contes, voire des mythes locaux, parlent d’ « un refuge des artistes et des poètes » de la région. Ils venaient dans cet abri pour s’exprimer en paix. Des fois, Ils notaient leurs œuvres artistiques sur les murs. C’est pour cela qu’on dit souvent, par confusion, « Azru Imedyazen » (Le rocher des poètes) au lieu d’« Azru Imeyazen ».

 

 

 

 

 

 

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