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Blog de Samir Ghezlaoui

LA GUERRE EN MOI

5 Janvier 2012 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #J'écris

Par Samir Ghezlaoui


         Comme s’il n y a pas assez de guerres dans ce foutu monde, une guerre secrète ravage un environnement, d’habitude pacifique, depuis un bon moment déjà. A l’origine, de mêmes convictions politico-économiques, de la même couleur, de la même religion et même de la même ethnie, les deux parties antagonistes vivaient en paix et en harmonie avec leur entourage. Ce n’est pas non plus, ni le pétrole, ni le gaz qui pouvaient être la cause de ce conflit. Ces deux devises diaboliques n’ont, heureusement, aucune valeur dans mon monde intérieur. Les désormais ennemis jurés, en l’occurrence le cœur et la raison n’arrêtent pas de s’affronter sauvagement, loin des yeux du monde extérieur. Choisissant de faire de leur désaccord une affaire interne, ils ont décidé de n’accepter aucune médiation. Après de lourdes et épineuses négociations, la raison a arraché une seule concession au cœur qui a accepté de céder les affaires étrangères. Première mesure, prise dès lors, par la raison et de redorer la page noire de tristesse par des semblants rayonnements et éclatements de rire. Pour l’instant ça marche, sans non difficulté. Par contre l’avenir est sombre. Et pourtant, cette guerre, comme la majorité des guerres, était évitable.

         Cœur et raison regrettent ce qu’ils vivent actuellement. Ils n’imaginaient pas qu’un jour, ils arriveraient à ce point de non retour. Ce qui les sépare aujourd’hui est censé renforcer leur alliance. Toute l’histoire a commencé un certain printemps, il y a de cela quatre ans. En voyage à l’étranger, la raison et le cœur reçoivent un bouquet de fleurs saisonnières splendides. Séduit et tout de suite tomber sous le charme d’une rose qui n’a pas cessé de changer de couleurs, le cœur  prend la première décision de sa vie sans avoir l’aval de l’instance parlementaire qu’était la raison. Le cœur décide, en effet, de ne plus, ni voir, ni entendre parler d’une rose autre que la sienne. Il l’a choisi comme un parfum, tellement bon et changeant quotidiennement, pour accompagner sa vie d’engagement et de militantisme. Avec elle, jour après jour, la vie est de plus en plus belle: l’assurance en soi a achevé ce qui restait du doute, le bonheur a dégagé les boules d’angoisse et du stress et l’ennui s’est éloigné à l’infini.  

         Fermant l’œil et faisant confiance à l’instinct clairvoyant de son complice, la raison finit par accepter ce nouvel arôme au sein de l’exécutif, malgré une légère opposition au départ. Hélas, cette fois-ci le cœur déçoit. Au bout de quelques mois, la raison fait un constat alarmant: le cœur n’est plus le même. Il néglige ses devoirs car, tout simplement, il est tout le temps occupé par sa rose. Il s’amuse à la sniffer, jour et nuit. C’était là, la genèse de tous les problèmes. La raison commande alors une enquête sur ce qui se passe. Le pire est confirmé ; la rose est devenue une drogue dure pour le cœur. Il ne peut plus s’en passer. Cette beauté de drogue le ronge à petit feu. Par compassion et respect de la valeur sûre du cœur, la raison tente de le raisonner. Au lieu de le dénoncer, elle fait de son mieux pour l’aider à décrocher. Malheureusement, aucune méthode de désintoxication qui existe n’a pu battre la dépendance du cœur à sa savoureuse drogue. Le cœur, voulant faire plaisir à la raison, promet à chaque fois de fournir un effort. Tous les efforts sont voués, l’un après l’autre, à l’échec. Il ne peut et maîtrise plus rien contre cette envie envahissante de sa fleur, qui n’était pas réellement tout à fait rose. Comme un alcoolique désespéré devant une fiche publicitaire de vin rouge trouvée par terre, il suffit que le cœur croise voire imagine seulement la silhouette de sa rose pour qu’il rechute de nouveau. Rappelé à l’ordre en vain, la raison évince le cœur de toute responsabilité. Depuis, le conflit perdure, à part les AE, le cœur refuse toute autre concession.         

          La guerre continue donc tant que cette fleur existe, tant que le cœur refuse d’entendre la raison, tant que la raison n’arrive guère à convaincre le cœur que sa belle et savoureuse rose n’est qu’une vivace fleurette berbère, à mettre rapidement aux oubliettes; simple question de survie. La raison demande désespéramment au cœur: «classons toute cette histoire au terroir du passé et avançons de notre présent vers un avenir prospère et honnête où les bonnes saveurs reflètent les vraies beautés». Le cœur réplique sans trop y réfléchir: «notre passé n’est jamais derrière nous car notre présent est la continuité de notre passé. Nous vivons notre passé dans notre présent. Ce même présent nous conduit vers une multitude d’artères incertaines. Je refuse de lâcher un acquis pour un pari incertain, quitte à vivre dépendant de cette soi-disant drogue. Comme dépendance et handicap, il y a pire ! Je refuse de me rendre, bien chère raison. Je continue le combat jusqu’au dernier battement en moi et jusqu’à l’écoulement de la dernière goûte de sang dans mes veines comme tu le feras certainement jusqu’à l’épuisement de ton dernier neurone. Tu es une raison que je n’ai pas et je suis un cœur que tu n’as pas. Au temps de trancher qui a raison et qui a  cœur tort».    

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