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Blog de Samir Ghezlaoui

L’Algérie au lendemain de l’assassinat d’Ali Tounsi: Entre peur et stupeur…

27 Février 2010 , Rédigé par Samir Ghezlaoui Publié dans #Reportages

L’Algérie au lendemain de l’assassinat d’Ali Tounsi

Entre peur et stupeur…


Reportage réalisé par Samir Ghezlaoui

 

ALI TOUNSINous sommes le 25 février, il est à peine 11h00. L’atmosphère était plutôt dégagée sur le Grand Alger. Les citoyens profitaient au maximum d’un très beau temps de « printemps ». Soudainement, quelque chose de bizarre vient gâcher l’allure sereine des gens. En une infraction de secondes, un sentiment d’inquiétude et de stupéfaction plonge toute la Capitale dans le doute.

« Tu es au courant de la nouvelle ? », se demandaient plusieurs étudiants au niveau de la Fac centrale. « Lorsque j’ai remarqué le chuchotement des uns et des autres, j’ai compris qu’une regrettable information vient de tomber. Je vous ne le cache pas, j’ai pensé directement à l’équipe nationale et d’éventuelles nouveautés concernant le litige avec les égyptiens. Mais tout de suite j’ai compris qu’il s’agit d’autre chose », a répliqué un étudiant en Pharmacie. La nouvelle, faut-il le dire, faisant état de l’assassinat du Directeur général de la sûreté nationale, Ali Tounsi, s’est répandue comme une trainée de poudre et tout Alger se met à…réagir. Les conversations allaient bon train à propos de l’Assassinat du DGSN. Au début, tout le monde songeait à une rumeur. Quelques instants plus tard, la Chaîne El-Djazerra venait de répondre d’une manière quasi-officielle : Ali Tounsi est bel et bien tué dans son bureau. Les gens commencent alors de s’en rendre compte. « J’étais à la Fac quand j’ai reçu un SMS de mon frère ainé m’informant que Ali Tounsi est assassiné dans son bureau », explique Yacine, un étudiant en communication, avant d’exprimer son choc suite à la tuerie. « Je ne comprends pas comment un Cadre de cette stature soit tué dans son propre fief. J’étais stupéfié car, je pensais, que ce genre d’incident ne devait se produire à ce niveau », dit-t-il. Une fois l’information est divulguée officiellement, le même sentiment d’incompréhension et de questionnement domine Alger et tout le pays. Hier encore, les habitants de la Capitale se sont réveillés sur le désarroi et la suspicion autour de l’assassinat du Premier Policier algérien. Dans les quartiers populaires comme Bab-El-Oued, où s’est produit l’homicide, un climat d’angoisse s’installait dans les esprits des citoyens. Dans les cafés, les marchés et autres lieux publics, le meurtre du chef de la police était sur toutes les lèvres. Cet événement a suscité pas mal de questions chez un groupe de vieux que nous avons rencontré dans un café à Alger-Centre. Et à chacun un point de vue qui s’oppose parfois diamétralement des autres avis de ses concitoyens. « Ce qui c’est passé à la DGSN est grave. Comment peut-on être sûr qu’un acte pareil ne touchera pas d’autres cadres de l’Etat », s’interrogeait un retraité de la fonction publique. Pendant ce temps, son compagnon est allé un peu plus loin en pestant : « Je vous jure que le cas de Boudiaf m’est revenu tout de suite à l’esprit». Enfonçant le clou d’un cran, Aâmi Mouh, ex-comptable, ne s’est pas empêché de prévoir « la mise en branle de la plus haute sphère du pouvoir en conséquence à cet incident inattendu ». Notre interlocuteur ne cache pas son étonnement du fait que le communiqué du ministère de l’intérieur indiquait que c’est son proche collaborateur qui l’a tué. « Mais pourquoi, bon Dieu ?», tonnait-il.

 

On se pose des questions !

 

Continuant notre virée, nous avons recueilli l’avis d’un journaliste confrère, stupéfié lui aussi par ce « fait choc ». « Je ne sais pas si nous ne devons pas faire un lien entre toutes ces histoires de corruption qui secouent plusieurs institutions de l’Etat et ce meurtre. Il ne faut pas oublier qu’on parle du limogeage de l’assassin par sa victime », rappelle-t-il. L’assassinat du DGSN a créé, davantage, un sentiment terrorisant chez les algériens stressés auparavant par le quotidien très dur, la cherté de la vie et les rumeurs qui circulent ici et là quant à un éventuel conflit au sein du pouvoir. Les citoyens ont tendance à avoir peur. « J’espère que ce ne va pas dégénérer. Nous avons marre de cette Algérie qui se déchire », a déclaré une quadragénaire. C’est dire la plupart des algériens étaient choqués par la gravité des faits achevés par la mort du DGSN, en fonction depuis pratiquement quinze ans. Durant notre contact avec les citoyens nous avons constaté que les gens étaient inquiets beaucoup plus par rapport à la façon du meurtre qu’à autre chose. « On aurait avalé ça facilement si c’était un attentat terroriste. Mais qu’un haut responsable soit tué ainsi, il y a de quoi être préoccupé quant à l’avenir de notre pays », a affirmé un gérant d’un café à la rue Didouche Mourad. Enfin, une vieille femme, que nous avons croisée à la rue Tanger, souhaitait que les choses s’arrangent rapidement dans le bon sens. « Prions Dieu que le spectre de la discorde ne prendra pas, de nouveau, en otage notre chère Algérie », a-t-elle avancé avec un accent loin d’être rassurant. Personne à Alger, comme ça doit être le cas dans les quatre coins du pays, n’est indifférent à propos de ce meurtre « hollywoodien » du DGSN. Tout d’abord l’indignation et la consternation, pis la stupéfaction, l’étonnement, l’émotion, la curiosité, l’inquiétude, la frayeur, la peur et la stupeur, tous ces mots ne servent, au fait, qu’à décrire une simple partie d’un état d’esprit trop particulier des Algériens au lendemain de l’assassinat d’Ali Tounsi. L’Algérie effrayée craint le pire.

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